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Orfeo chaman (Christina Pluhar)

note: 5Baroque contemporain G. Abitbol - 20 septembre 2017

Christina Pluhar est une habituée des projets inclassables. L'autrichienne (mais française d'adoption : elle réside à Paris) s'est imposée depuis [...]

Encore vivant (Pierre Souchon)

note: 5Encore vivant ! Ophélie - 19 septembre 2017

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Sabador (Africando)

note: 5Dakar-New York-La Havane DDO - 19 septembre 2017

Au début des années 90, Ibrahim Sylla , producteur africain et découvreur de quelques-uns des plus grands talents de la [...]

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Critiques rédigées par JFP

 

L'affaire Lerouge (Émile Gaboriau)

note: 3 JFP - 31 août 2017

Pour beaucoup de critiques littéraires, le français Emile Gaboriau est l’un des principaux fondateurs du genre policier. Dans ce roman publié dans les années 1860, on trouve la plupart des ingrédients qui font la réussite d’un polar : des révélations fracassantes jalonnent l’intrigue, la psychologie de chaque protagoniste est fouillée et, mêlant intuition et déduction, les méthodes du père Tirauclair, enquêteur amateur au service de ce qui ne qui ne s’appelait pas encore le 36 quai des orfèvres mais la rue de Jérusalem, se révèlent redoutables. Mais c’est ailleurs que réside le charme de ce roman à énigme écrit sous le Second Empire. D’abord dans le portrait d’une France en transition où, heurtée par l’avènement de la bourgeoisie, une aristocratie nostalgique de l’Ancien régime s’efforce de garder la tête haute. Et puis surtout, la passion amoureuse, au coeur d’innombrables crimes depuis toujours, se manifeste ici avec une telle ardeur qu’il est difficile de rester insensible au sort de tous ces personnages que le désir pousse à des conduites inconsidérées. A la limite de la grandiloquence, surannés dans leur manière de s’exprimer, ils font de ce roman un délectable divertissement.

La vie secrète des arbres (Peter Wohlleben)

note: 3 JFP - 19 juillet 2017

Ils jouent des coudes pour arriver au sommet, s’envoient des messages en cas de danger, migrent quand leur environnement ne leur permet plus de survivre et privilégient parfois la solitude à l’esprit de clan : dans ce livre signé d’un forestier allemand, on apprend que les hommes partagent avec les hêtres, les chênes et les sapins de nombreux points communs. Et que la vie dans les sous-bois n’est pas de tout repos : les arbres entretiennent avec le champignon et le pic épeiche des relations passionnelles, le chèvrefeuille des bois est un ennemi au pouvoir d’étranglement aussi redoutable qu’un boa constricteur et le sous-sol est habité par une faune microscopique fort utile mais effrayante.
Pas la moindre petite photo dans ce passionnant ouvrage de vulgarisation. Tant mieux : on a d’autant plus envie de gagner la forêt la plus proche pour aller vérifier si par temps sec le bois crie quand il a soif, tenter de percevoir à la nuit tombée les murmures générés par l’eau présente dans les troncs, ou chercher si sous nos latitudes poussent des arbres dits « ivres »... Des points communs avec l’homme donc mais aussi une différence majeure : les arbres vivent au moins quatre à cinq fois plus longtemps que nous. Un livre qui remet l’être humain à sa juste place ne peut pas être mauvais...

Le Boulevard périphérique (Henry Bauchau)

note: 5 JFP - 28 juin 2017

La varappe et un certain goût du risque, voilà ce qui fut à l’origine de l’amitié liant le narrateur à Stéphane. Une amitié que la guerre va malmener et qui trouvera un prolongement post-mortem avec les confidences que le narrateur reçoit du SS qui fit exécuter son ami et qui éclairent d’un jour nouveau la nature de leur relation. « Le boulevard périphérique » a beau être cerné par la mort et le manque qu’elle crée, il n’est en rien mortifère. La présence de la foi, même discrète, y est peut-être pour quelque chose. Le pouvoir d’imagination du narrateur aussi. « C’est le monde imaginaire qui a mis en mouvement ma vie », confie-t-il. Et de la plus belle des manières, ce monde imaginaire lui fera soustraire l’ami disparu à l’emprise de son bourreau. Ce texte fait de récits de rêves, riche en symboles et en métaphores, est l’œuvre d’un psychanalyste sensible aux paysages, aux phénomènes météorologiques, à la lumière. Le fond, la forme, tout est très beau dans ce livre sur ce type de rencontre qui marque une vie entière, irradiant encore longtemps après qu’elle ait eu lieu.

Les grandes artères (Louis-Jean Cormier)

note: 5 JFP - 13 juin 2017

Dans « Les grandes artères », les gens dérapent, les gens trébuchent, ils sombrent, ils fuient, ils se séparent. Mais pas seulement : dans « Les grandes artères » aussi, des mains se tendent, des ponts se créent : entre le sans-abri et l’automobiliste pressé, entre l’amant repentant et sa belle évaporée, entre le proche secourable et l’ami qui tombe. Les relations humaines, aussi imparfaites soient-elles, sont le moteur des chansons du québécois Louis-Jean Cormier dont le sens du collectif éclate dans « La fanfare », hymne tonifiant à la combativité. Passant de la folk à des sonorités plus psychédéliques, l’album, qui fait la part belle au banjo et aux cuivres, est sans aucun temps mort, sans la moindre faiblesse. Il se montre renversant jusque dans ses tout derniers titres parmi lesquels « Deux saisons trois quarts » où, l’air de rien, le temps d’une escapade à deux, tout est dit du désir de liens qui jamais ne se déferaient.

Obéir ? Se révolter ? (Valérie Gérard)

note: 4 JFP - 12 mai 2017

Pourquoi obéir ? Qu’est-ce que l’autorité ? Juger par soi-même est-il compatible avec l’obéissance ? A toutes ces interrogations, n’attendez de ce livre aucune réponse toute faite, son objectif n’étant pas de dispenser des règles de conduite mais d’aider à mieux discerner les problèmes, à mieux comprendre les choses. Les pages consacrées à l’obéissance entre adultes sont particulièrement éclairantes : elles distinguent nettement ce qui, dans ce type de relations, relève de la contrainte, de l’autorité, du consentement. On en retiendra deux citations qui donnent vraiment matière à réflexion. Celle d’Emmanuel Kant qui fustige ceux qui, par confort, pour « fuir la réflexion et l’incertitude du doute », choisissent de renoncer à leur propre jugement et de s’en remettre à des maîtres. Et celle de Thomas Jefferson pour qui les révoltes, parce qu’elles rendent visibles les injustices et les abus de pouvoir, sont « un remède nécessaire à la bonne santé du gouvernement ».
Publié par Gallimard-Jeunesse dans la collection « Chouette penser ! », ce livre est recommandé à partir du collège.

La nature exposée (Erri De Luca)

note: 3 JFP - 29 avril 2017

Il y eut donc une époque où les peintures et les sculptures représentant la crucifixion se conformaient à la réalité et montraient Jésus tel qu’il fut vraiment sur la croix, c’est-à-dire tout nu. La position de l’Eglise sur la représentation du corps du Christ n’a pas toujours été la même et ce n’est pas le moindre atout de ce roman que de le révéler aux profanes. Mais davantage que le sujet sculpté, c’est le personnage du sculpteur qui captive. Les émotions qu’il éprouve au contact d’œuvres d'art deviennent les nôtres et l’on se convainc à ses côtés que la notion de sacré n'est pas l'apanage des croyants. Riche de ses lectures, de sa curiosité, de son engagement désintéressé, sa vie semble avoir atteint un parfait point d’équilibre entre, d’un côté, le travail qu’il effectue sur la matière en artisan soucieux de réalisme et, de l’autre, ses interrogations d’athée volontiers à l’écoute de ceux qui ont la foi. On le quitte à regret, avec le sentiment d’avoir eu le privilège de cheminer auprès d’un homme pleinement accompli.

La nuit du revolver (David Carr)

note: 3 JFP - 9 mars 2017

Dans « A la une du New York Times », film documentaire dont il est le protagoniste, David Carr apparaît comme un journaliste pugnace, sûr de lui, inspirant le respect autant à ses collègues reporters qu'à la jeune génération qui l'écoute avec déférence. En scrutant son passé de cocaïnomane, c’est un aspect moins reluisant qu'il révèle ici.
Vous redoutez une lecture sinistre, le pesant récit à la sauce américaine d'un born again ? Détrompez-vous. Même si, d'origine irlandaise, David Carr est un catholique pratiquant, il se réfère peu à la religion : c'est la seule naissance de ses jumelles qui fut le point de départ de sa désintoxication. Et si son histoire est violente et pathétique à bien des égards, son charisme, sa flamboyance et son humour, qui lui ont assuré toute sa vie le soutien de ses amis, collègues et parents, maintiennent tout au long de « La nuit du revolver » l'intérêt et l’empathie du lecteur. Réflexion sur la mémoire et la fabrication des souvenirs, son témoignage est aussi le récit d’un apprentissage commun à bien des êtres humains : celui qui consiste à dominer sa dualité, à ne plus compartimenter son existence, à faire cohabiter les différentes facettes de son identité et donc à se réconcilier avec soi.

Grand Est (Denis Robert)

note: 5 JFP - 16 février 2017

Denis Robert n’a pas changé. Fidèle à ses convictions, il est resté à l’écoute des hommes et territoires délaissés et demeure soucieux de donner du sens aux événements, de relier drames sociaux et capitalisme mondialisé.
Ici, un père, son double de fiction, entame un périple avec son fils entre Forbach, Carling, Hayange et Petite-Rosselle, cités emblématiques de la Moselle, département ravagé par des décennies d’exploitation industrielle et par trop de promesses non tenues. Pollution, alcoolisme, implantation du FN : la balade est rude et le dessin de Franck Biancarelli, rugueux, saturé de bruns, de gris, de kaki, fuit volontairement tout effet de joliesse pour mieux rendre compte d'un réel dur. Ce n'est pas exactement un livre de combat, juste un témoignage s'ajoutant à d'autres (les romans de Thierry Hesse, François Bon, Gérard Mordillat). Vaine entreprise aux yeux de certains et Denis Robert lui-même est assez lucide pour savoir que témoigner ne suffit pas. Mais pour lui, se taire serait trahir, passer dans le camp des morts, des résignés. Soit une inenvisageable éventualité.

L'adieu au corps (David Le Breton)

note: 3 JFP - 28 janvier 2017

« Limitless », la série qu’M6 diffuse en ce moment, met en scène un héros aux performances physiques et cérébrales démultipliées par la prise d’une pilule miraculeuse. L’occasion de lire les travaux du sociologue David Le Breton sur les relations que notre société entretient avec le corps, terrain d’expérimentations en tous genres. Pour certains, le corps est un support à modeler selon son désir (bodybuilding, tatouage, piercing), un matériau sur lequel agir pour réguler ses émotions (usage de psychotropes). Pour d’autres, parce qu’il est putrescible et imparfait, le corps est une sorte d’ennemi à abattre, dont idéalement il faudrait pouvoir se passer (intéressez-vous à l’exogenèse, elle pose bien des questions). Si tous les faits et cas exposés sont analysés avec objectivité, on sent clairement chez Le Breton une opposition aux techniques de procréation s’apparentant à de l’eugénisme, à une vision déresponsabilisante d’une nature génétiquement déterminée (qui justifie les inégalités) ou à l’appropriation par quelques compagnies privées de certains gènes, via brevets.
En bref, oui, le corps a des limites avec lesquelles il faut composer et non, le transhumanisme n’a pas que de fervents supporters. « L’adieu au corps » demeure en tout cas un outil utile à la réflexion sur la bioéthique, champ à ne pas laisser entre les mains des seuls scientifiques.

Les aventures (Jimmy Beaulieu)

note: 3Blues des trentenaires ? Un antidote JFP - 12 janvier 2017

Dans la famille (nombreuse) des citadins trentenaires des années 2000 en proie à des interrogations existentielles, voici le cousin québécois. Son nom (qui est aussi celui de l’auteur) : Jimmy Beaulieu. Dix années durant, ce dessinateur et éditeur de BD a tenu le journal de ses aventures professionnelles et de ses états d’âme. Il s’y confie sur tout avec générosité mais pudeur sur son installation à Montréal, son histoire familiale, son amour de la musique en général et de Brian Wilson en particulier, sa conscience écologique et son goût des pitounes (la médiathèque tient à à votre disposition, si nécessaire, deux dictionnaires franco-québécois).
Le fond de cet album autobiographique n’est pas d’une grande originalité mais de belles plages d’émotion, de la vibration dans le coup de crayon et le savoureux parler local le font échapper à la banalité. Les célibataires trentenaires angoissés par la course du temps qui passe devraient trouver dans cette lecture vivifiante comme un printemps à Québec de quoi apaiser leur spleen passager. Ca t’tinterais-tu ?

Bienvenue au club (Jonathan Coe)

note: 4 JFP - 3 janvier 2017

De « Bienvenue au club », on pourrait dire qu’il entrelace harmonieusement petite et grande Histoire. Oui, bon, d’accord mais des romans de cette ambition-là sont légion, alors pourquoi celui-ci touche-t-il autant ? Sans doute parce que le contexte social et politique brossé n’est pas si éloigné du nôtre (attentats liés au conflit nord-irlandais, montée du racisme, monde ouvrier à bout de souffle sur le point d’être pulvérisé par le thatchérisme...). Peut-être aussi parce que de la manière la plus naturelle qui soit, se succèdent épisodes sombres et séquences tenant de la farce (vous y apprendrez ainsi que la perte d’un slip de bain peut mener à Dieu et découvrirez un moyen imparable de mettre fin à l’adultère de votre épouse…) L’attrait de « Bienvenue au club » tient, enfin, aux portraits d’adolescents qu’il dépeint, tous extrêmement justes : leurs emballements peuvent être éphémères, leurs égarements fréquents, ils ont des envies de grandeur, la désinvolture feinte, des corps en mutation et connaissent des drames familiaux bien plus déterminants qu’ils ne le pensent.
Dans l’avant-dernier chapitre, Benjamin, clef de voûte du livre, dresse en un flot ininterrompu d’une seule phrase tenant sur 50 pages un bilan des cinq années qu’il vient de vivre : avec lui, on partage l’émerveillement des premières fois, on fait l’apprentissage de la nuance et on se dit que si l'adolescence n’est pas le plus bel âge de la vie, elle en est à coup sûr l’un des plus intenses.

A moon shaped pool (Radiohead)

note: 5 JFP - 16 décembre 2016

Ce n'est pas de la pop, ce n'est pas du rock, encore moins de la variété. C’est un disque indescriptible et aussi déroutant que Kid A, qui fit de Radiohead il y a quinze ans une formation définitivement hors normes. Les ambiances anxiogènes, rageuses qu’il déroule épousent à merveille les textes, évocations de somnambules, de pantins, d’individus asphyxiés en quête d’un ailleurs, d’un répit ou d’un peu d’attention. Thom Yorke en est l’interprète idéal. Du lyrisme dans les chœurs, de l’Orient dans les cordes, une rupture dans la mélodie, une guitare sèche en guise d’éclaircie : la beauté surgit de partout.
Parce qu’il n’est pas formaté, A moon shaped pool est un disque qui se mérite, s’apprivoise avant de littéralement subjuguer.

Sur les chemins noirs (Sylvain Tesson)

note: 5 JFP - 7 décembre 2016

Qui a lu « Dans les forêts de Sibérie » ou « Bérézina » sera ici en terrain connu. L’écriture est, comme toujours, riche et élégante (pour qui n’est pas allergique à l’emploi du passé simple et de l’imparfait du subjonctif). Le récit, hybride, mêle impressions de voyage et réflexions qu’inspirent à Tesson les paysages qu’il traverse, marqués par la périurbanisation, l’agriculture intensive et des modes de vie déconnectés de ce qu’il considère, lui, comme essentiel. C’est précisément sa « stratégie de retrait » par rapport à la vision du progrès en vigueur depuis les Trente glorieuses qui contribue à sa reconstruction physique et psychique. Et le fait se livrer (plus qu’à l’accoutumée ?) sur la filiation ou l’amitié (celle qu’il entretient avec Cédric Gras donne lieu à certaines des plus belles pages).
Son livre, empreint d’inquiétude sur l’avenir mais pas désespéré, se révèle aussi enthousiasmant que celui consacré à la marche par l’anthropologue David Le Breton que passionne un autre thème, cher aussi à Sylvain Tesson : celui de la disparition de soi.

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