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Critiques rédigées par G. Abitbol

 

La nuit transfigurée (Arnold Schoenberg)

note: 4Douce nuit G. Abitbol - 11 septembre 2018

Œuvre de jeunesse composée en 1899, soit bien avant la rigueur et l’âpreté mathématique de la période dodécaphonique, Arnold Schönberg livre avec cette « Nuit transfigurée » une magnifique œuvre pour cordes, s’inscrivant complètement dans la lignée des compositeurs romantiques, Tchaïkovsky et Richard Strauss en tête. Composée d’un seul mouvement, « Grave », elle dépeint la balade d’un jeune couple dont la femme confesse attendre un enfant d’un autre homme. Une histoire tragique soutenue comme il se doit par une écriture orchestrale bouleversante, parfaitement équilibrée entre les codes de la musique du 19e siècle et déjà, l’audace d’un post-romantisme balbutiant. De quoi se réconcilier avec le compositeur, pour ceux qui comme moi, furent traumatisés par « Pierrot lunaire » !

Le tour de Belgique (Monsieur Iou)

note: 3 G. Abitbol - 2 août 2018

Je ne connaissais pas les éditions "Rue de l'échiquier". C'est donc armé d'une certaine curiosité que je me suis lancé dans la lecture de cette BD, en ayant au préalable jeté un œil au catalogue de ladite maison : vivre ensemble, écologie, comportements responsables ou développement durable, la liste est aussi éclectique que pointue, aussi engagée que sérieuse !
Cette première BD s'inscrit donc dans la continuité de documents portant des valeurs comme le déplacement doux ou tout simplement l'envie de consommer plus intelligemment.
Et je peux dire que les premières pages m'ont vite désarmées... Présentant le défi d'un jeune bruxellois amateur de vélo et souhaitant partir à la découverte de son beau (et trop peu connu) pays, nous découvrons petit à petit ses excursions, souvent courtes, souvent assez peu pédagogiques. Moi qui pensais en apprendre plus sur Liège, Mons ou Genk, que nenni. Me voilà encore confronté à une BD "journal intime" sans consistance, à une envie un peu maladroite d'un jeune dessinateur de raconter ses dernières aventures, pas toujours bien passionnantes pour le lecteur...
Malgré cela, je décide de poursuivre la lecture, principalement car le dessin est joli et agréable, le parti pris graphique de colorer uniquement avec les 3 nuances du drapeau belge (jaune rouge noir, mais vous le saviez) étant particulièrement bien senti ; et puis les quelques blagues sur l'amour de notre cycliste pour la bière sont un peu rassurantes aussi.
Bien m'en a pris ! C'est que le charme de cette BD ne se livre que progressivement. Exactement comme une balade à vélo, c'est page après page que l'on prend le rythme et que l'on commence à vraiment apprécier l'univers dans lequel on nous entraine. Car si la Belgique (et la France, un tout petit peu) sert de fil conducteur, c'est bien une ode à la petite reine que nous livre l'auteur : du choix du matériel au goût de l'effort, des bonheurs des pauses en pleine nature à celui de re(découvrir) une certaine lenteur, c'est une vraie célébration des bienfaits du vélo : celui d'apprendre à lever le nez du guidon pour regarder autour de soi.

Song for alpha (Daniel Avery)

note: 5Boing boom tschak G. Abitbol - 24 juillet 2018

Cinq ans après un "Drone logic" unanimement salué, le
britannique assoit définitivement son emprise sur l'amateur de techno dure, et plus largement de musique électronique. Car s'il est toujours l'orfèvre d'une techno hypnotique et cérébrale, Daniel Avery compose avec ce 2nd album une musique hors du temps, réussissant la filiation avec les pionniers 90's d'une "musique de danse intelligente" (Plastikman, Aphex Twin) tout en écrivant la bande-son d'un futur froid, industriel et terriblement attractif.
Capable de circonvolutions subtiles et cristallines comme
d'envoyer des beats en mode rouleaux compresseurs ("Diminuendo"), la musique d'Avery touche autant à l’intime et au personnel qu’à ce qui relie les êtres et les rassemble. Une forme de grâce que l'on pourrait rapprocher d'une visite d'un bâtiment désaffecté, beauté froide, étonnante, sombre, et chargée d'histoires. Sans conteste l'un des grands noms de la techno actuelle.

Rêves syncopés (Mathilde Ramadier)

note: 4Electrochoc G. Abitbol - 6 juillet 2018

Plus que l'histoire de Laurent Garnier, plus qu'un parcours d'un musicien de techno, c'est la vie d'un défricheur que propose de raconter cette bande dessinée superbement mise en page et très colorée. Ces vignettes nous placent directement dans la tête du DJ, de ses débuts à Manchester à ses résidences au Rex. La recherche du son, de la vibration, de l'énergie perpétuelle, de l'innocence des fêtes côtoient aussi l'importance de l'héritage artistique à laisser. Pour transmettre sa passion, toujours.

Bärlin (Bärlin)

note: 4Rock Lillois G. Abitbol - 19 juin 2018

C'est une chance d'avoir, dans cette équipe de bibliothécaires, des Lillois pur jus, à même de vous conseiller des pépites locales lorsqu'on ne les connait pas encore. Il aurait été effectivement bien dommage de ne découvrir ce trio de musiciens épatants, qui avec cet "Emerald sky", livre un second opus insaisissable mais ô combien accrocheur, s'inscrivant parfaitement dans la lignée de leurs références (revendiquées) : 16 Horsepower / Wovenhand, Morphine ou encore Nick Cave époque Birthday Party. Compositions plaintives et laconiques empruntant à la torpeur du post-punk comme à l'atmosphère envoûtante du dark jazz (on pense aussi aux excellents Dale Cooper & the Dictaphones) dès que la clarinette fait son apparition... Ce disque aussi cérébral que viscéral vous happe sans vous prévenir et vous emmène bien loin de vos pénates, vous laissant perdu et légèrement groggy une fois les dernières notes ayant retenti.

All this I do for glory (Colin Stetson)

note: 4Beau saxo G. Abitbol - 2 juin 2018

Habitué à accompagner en tournée des groupes de renommée mondiale comme Arcade Fire ou Bon Iver, Colin Stetson est un saxophoniste inventif, qui exprime pleinement son potentiel sur ses disques solos. Utilisant une technique proche du drone, cette musique répétitive centrée sur un bourdon (c’est-à-dire un son répété ad nauseam avec de très légères variations), il explore son instrument dans toutes ses possibilités et réussit à produire une musique au croisement du free jazz, de
l’electronica, de la musique contemporaine et du post-rock. Une frontière musicale qui devrait plaire autant aux adeptes du label canadien Constellation (Godspeed you ! Black Emperor, Thee Silver Mt Zion…) qu’aux amateurs de Max Richter ou Jean-Philippe Goude.

Tout corps vivant branché sur le secteur étant appelé à s'émouvoir... (Hubert-Félix Thiéfaine)

note: 5Twiste et chante, moi je flippe G. Abitbol - 1 juin 2018

Accompagné du groupe franc-comtois Machin, qui donne une teinte musicale folk typique de l'époque, Thiéfaine livre un premier opus inénarrable. Sorte d'hommage burlesque aux groupes progressifs (Ange?) et à la Chrysler rose de Dashiell Hedayat... à l'image de l'épopée du "22 mai" ou du superbe "Chant du fou" (préambule à Alligators 427?). A côté de cela, toutes les ballades phares du compositeur. Un classique
indémodable.

Tout ce qu'on a fait, vol. A, 1992-1997 (Zabriskie Point)

note: 5Juste jouer G. Abitbol - 20 avril 2018

Avant de devenir un écrivain à succès, lauréat du César de la meilleure adaptation de roman pour le film « Entre les murs » (lui-même Palme d’or) François Bégaudeau a fait ses armes en tant que chanteur. Dans ses jeunes années, dans la région nantaise, l’auteur et des amis fondent le groupe de punk rock Zabriskie Point, qui va considérablement dynamiser et influencer la scène locale, puis nationale. On retrouve déjà les thèmes chers à Bégaudeau : critique sociale et politique, regard acide sur le sectarisme militant… Musicalement, le groupe livre un punk rock efficace et plutôt mélodique, à l’instar des Shériff ou plus récemment de Guérilla Poubelle. Les membres de Zabriskie vont également être les instigateurs de l’influent label Dialektik Records (Toxxic Waste, PKRK, Les Sales Majestés…), inscrivant le groupe dans l’histoire du rock français engagé. Du No futur aux marches de Cannes, voici le premier volet de l’intégrale, comprenant les 2 premiers albums, des classiques !

Racey roller (Giuda)

note: 4Ballroom blitz G. Abitbol - 20 avril 2018

On peut aimer le rock indépendant alambiqué, celui qui s’écoute en se grattant la tête, qui nécessite dix essais pour s’apprécier à sa juste valeur ; on peut aimer l’expérimental, l’ampoulé, le bidouillé au son cradingue. On peut. Sinon, on peut écouter Giuda. Chez Giuda, c’est simple, tout est simple. Pas de doute, chez Giuda, on joue en 4-4-3, sans protège-tibia et avec ballon en cuir crevé. On collectionne les images Panini, et pas que celle du calcio. Pas de doute, dans les vestiaires, on discute Gary Glitter, T-Rex et Slade. Y'en a même un qui est amoureux de Suzi Quatro (mais qui ne veut pas le dire). Hommage assumé à 100% pour ce rock viril des années 1970 en marcel et pantalon clinquant, Giuda, c’est glam, c’est rock, c’est garanti fun et sans complexe. Du rock jouissif à l’ancienne, du rock de bonhomme, à faire pâlir sa sœur et ses disques des Rubettes. Rock on.

Soundbreaking (Maro Chermayeff)

note: 5Documentaire musical à voir G. Abitbol - 6 avril 2018

Transposition d'une création américaine (initialement en 8 épisodes) par l'équipe d'Arte, "Soundbreaking" constitue un documentaire musical de choix, chapitré très intelligemment par des thèmes d'importance, permettant un regard dépassant les genres musicaux et les époques. Ainsi, les rôles du producteur, des maisons de disque, des innovations technologiques permettent de comprendre de façon très simple ce qu'ont apporté des figures aussi variées que la Motown, Rick Rubin, George Martin, Jean-Michel Jarre, Public Enemy, Elvis Presley, Mark Ronson... C'est aussi l'occasion de mettre en valeur le talent et les choix de certains artistes, réussissant à s'affranchir d'un modèle dominant (au choix : les anecdotes étonnantes autour de Christina Aguilera, l'histoire de "Tomorrow never knows" des Beatles ou la très bonne introduction au rôle du sampling). C'est enfin replacer l'auditeur au centre des débats, en parlant du lien qui l'unit tant au support (voir l'épisode "du 78 tours au fichier Mp3"), qu'avec l'artiste (voir dans l'épisode "Trouver sa voix" l'invention du crooner, et le rôle du microphone). En bref, un programme à voir absolument pour les mélomanes, truffé d'interviews de plus d'une centaine d'acteurs musicaux de premier ordre (Nile Rodgers, BB King, P. McCartney, Chuck D.... la liste est interminable), de critiques musicaux de référence (avec pour la version française, G. Kosmicki, L. Tournès et F. Mazzoleni).

Mister yellow (Washed Out)

note: 4Chillax G. Abitbol - 6 avril 2018

Connaissez vous la chillwave ? Ce courant, synthèse de musique électronique et de "dream pop" (soit des mélodies planantes voire langoureuses), passé au filtre d'effets synthétiques, a connu une gloire éphémère au début des
années 2010, avant de presque disparaitre. L'américain Washed Out, fer de lance du mouvement, est une entrée on ne peut plus moelleuse dans le style. Si initialement, on recherche l'atmosphère douce, relaxante, cosy dans la tradition d’un bidouillage lo-fi né des années 80, la chillwave version 2017 a ouvert un peu son spectre, et rappelle parfois la pop sous acides de la scène de Madchester (Happy Mondays, Stone Roses…). Un rayon de soleil après la pluie.

Big band (Le Réveil des Tropiques)

note: 3Tropique du concert G. Abitbol - 30 mars 2018

Quintet parisien comprenant des musiciens avec une solide expérience (Oiseaux-Tempête, Ulan Bator...), le second album du Réveil des Tropiques est né, à l'instar de son prédecesseur, d'un enregistrement s'étant déroulé pendant 3 jours consécutifs. Une place particulière est donc accordée à l'improvisation, ce qui donne un disque ensorcelant, non linéaire, entre montée rock progressive psyché, passages bruitistes (avec une utilisation renforcée du "bourdon" propre à la musique drone) et atmosphères post-rock. Bien loin d'un format chanson, ce disque est avant tout à appréhender dans la durée : lui laisserez-vous le temps de vous emmener dans ce voyage cosmique ?

Axiom Verge (Thomas Happ)

note: 4Super Metroid G. Abitbol - 23 mars 2018

Développé en 2015 de manière totalement indépendante par Thomas Happ, ce jeu s'est vite taillé une belle réputation, acclamé tant par la critique que par les joueurs PC et consoles de salon (ce qui n'est pas une mince affaire). Il faut dire qu'il possède de nombreuses qualités recherchées dans un jeu vidéo : fluidité du gameplay, rejouabilité (avec un mode spécialement conçu pour les speedrunners - sans parler des trophées à la difficulté retorse, rendant le jeu quasi impossible à platiner), univers graphique et musical simple et efficace, nombreux items à glaner (armes, power-ups...) demandant une fouille intense de la map (tout le principe du jeu étant justement de revenir sur ses pas avec des nouveaux objets pour débloquer une porte que l'on ne pouvait ouvrir quelques minutes plus tôt)... Mais soyons clairs : si le jeu est si prenant, c'est aussi parce qu'il ravive la flamme glorieuse des Megaman, Bionic Commando (grappin, mon amour) et bien entendu, Metroid, dont il constitue une transposition quasi parfaite. Comptez 10 à 15h d'immersion 2D pour apercevoir le boss final (si vous ne voulez pas avoir à prolonger l'emprunt du jeu vidéo, le record mondial pour terminer le jeu est actuellement de 37 minutes. Juste pour info).

Cartoons (Fred Pallem)

note: 4Fulguro jazz G. Abitbol - 21 mars 2018

Le Sacre du Tympan, le re-re-retour. Après un magnifique album consacré à François de Roubaix, puis un hommage épique au "Soul cinema" de la blaxploitation, quoi de plus logique que de réaliser l'album pour geek ultime ? C'est chose faite avec ces 10 morceaux hauts en couleurs, illustration parfaite de la folie et de l'humour "Pallemien" (mot invariable : relatif à Fred Pallem. Bientôt dans tous les Petit Robert). Cette relecture funky, (Inspecteur Gadget version west coast), frénétique (The Simpsons) voire carrément potache (l'histoire d'un gars qui vit dans un ananas dans la mer. True story.) démontre une fois de plus l'incroyable capacité de notre orchestre favori à conjuguer fantaisie et virtuosité. Aussi brillant que du Tex Avery en quelque sorte... On tient définitivement le big band qui réussirait à faire aimer le jazz au lecteur le plus endurci de Rock&Folk.

Mirages (Sabine Devieilhe)

note: 4Trip à la mode de Caen G. Abitbol - 7 mars 2018

Dans le cas fort improbable où vous ne connaîtriez pas encore la soprano Sabine Devieilhe, ce disque constitue un excellent cours de rattrapage. Conçu autour de l'orientalisme, courant à la mode à la fin d'un XIXe siècle qui se passionne pour "l'exotique", on retrouve dans ce programme quelques belles pages de la musique française, dont le célébrissime "Duo des fleurs" de Lakmé. Un répertoire que notre colorature connait parfaitement, puisqu'elle l'interprète depuis des années sur scène. Lassitude ? Bien vite dissipée par la diction parfaite et la voix cristalline et enchanteresse de l'artiste. N'oublions pas non plus le choix de mettre en avant des œuvres moins connues, de Delage ou Koechlin, tout aussi inspirées. Un bien joli récital à ajouter à un CV déjà couvert d'éloges.

Wallflower (Jordan Rakei)

note: 4Air Jordan G. Abitbol - 28 février 2018

Voilà donc Jordan Rakei signé sur le prestigieux label Ninja Tune pour ce second album. Expatrié à Londres, l'australien de 25 ans séduit par ses productions léchées. Son timbre risque de vous rappeler un certain Jeff Buckley... Mais la finesse de ses productions l'inscrit surtout dans les pas d'un James Blake, cultivant l'équilibre parfait entre la concision travaillée des musiques électroniques et celle d'un talent brut et sans autres artifices que la justesse de la voix ou l'intelligence d'arrangements sachant tirer le meilleur du jazz, de la pop ou du hip-hop. Un blanc-bec aux oreilles grandes ouvertes, qui au côté de Thundercat et bien d'autres artistes de "r'n'b alternatif", élève ces musiques d'aujourd'hui vers un ciel lumineux et sans nuages.

Bodysick (Bison Bisou)

note: 4Bison biloute G. Abitbol - 13 février 2018

Après 3 EP sortis depuis sa création en 2011, les Lillois de Bison Bisou passent enfin la vitesse supérieure avec un premier long format (35 min) qui leur laisse tout le loisir nécessaire pour déployer la large palette musicale en leur possession. Les couleurs sont donc avant tout celle du spectre de la sphère indé, tour à tour math rock, post hardcore ou tout simplement celle d'un rock énergique et mélodique, s'appuyant sur les cassures de rythme d'une guitare malicieuse n'hésitant pas à s'aventurer vers des éléments un peu plus noise. Si on ne navigue pas bien loin d'un autre brillant groupe français du moment, Lysistrata, on ne peut avant tout s'empêcher de penser à At the Drive-in, tant l'univers musical (et le chant plaintif, parfois à la limite de l'emo) se rapproche de ce groupe phare et caliente d'El Paso. Reste un hommage à Roubaix, que les USA ne sont pas prêts de pondre de sitôt.

Ça (Andrès Muschietti)

note: 2Arrête de ramer, t'attaques la falaise G. Abitbol - 8 février 2018

Recette hollywoodienne pour faire des entrées : prenez un écrivain mondialement connu (Stephen King) et l'une de ses œuvres emblématiques. Surfez sur la nostalgie de toute une génération à haut pouvoir d'achat (limitez les risques en plagiant des succès du moment : Stranger Things et son revival des Goonies. Ouf, voici un capital sans risque. Recrutez l'un de ses acteurs vous octroie un bonus supplémentaire).
Filmez à toutes les sauces : un peu de gore pour avoir l'étiquette film d'horreur, des acteurs qui sentent bon le propre pour toucher les ados (le "Club des ratés" n'a jamais aussi mal porté son nom). Rajoutez une maison hantée (un reste de plateau de Tim Burton ou une maquette récupérée à Marne-la-Vallée, on ne sait pas). Le scénario est accessoire (toute la métaphore du passage de l'enfance à l'âge adulte, trop compliquée. Quelques jump scares aux ficelles grosses comme des rondins feront l'affaire). L'important étant de sortir une saga en deux volets pour maximiser les gains... En bref, voici un film au succès commercial impressionnant et assez incompréhensible, aussi interminable que poussif, au kitsch faisant passer le téléfilm Il est revenu de 1990 pour une pépite du 7e art (#jesuisTimCurry). Reste à savoir si dans la soupe, les navets flooooottent tous ?

Dance to the ring in our ears (Sweat Like an Ape)

note: 4Monnaie de singe G. Abitbol - 23 décembre 2017

La musique des "Sue comme un singe" (?? Un singe ?) est à l'image exacte de cette pochette colorée et clinquante. Ça remue, ça part dans tous les sens, c'est bourré d'énergie, c'est plein de bonne volonté, c'est dansant, BREF, c'est communicatif. Et en plus, ça vient de Bordeaux ! (Ne vous fiez pas à l'accent anglais impeccable du chanteur, qui lui, vient bien de la Perfide Albion). En tout cas, entre le groove de !!! (Chk Chk Chk), la nonchalance de la scène no-wave/post-punk et les apports bienvenus d'influences africaines (impossible de ne pas penser à Fool's Gold), Sweat Like an Ape accouche d'un album irrésistible, suffisamment accrocheur pour réveiller le primate tapi en vous...

Lomax (Frantz Duchazeau)

note: 4That's all folks G. Abitbol - 19 décembre 2017

Un retour en BD sur l'épopée de la famille Lomax, engagée à l'époque par la fameuse Library of Congress, et dont on mesure aujourd'hui l'importance historique. Ce travail de collectage sans précédent est, au côté de la collection de Folk music d'Harry Smith, LA bande son d'une culture et d'un imaginaire commun, celui d'une Amérique contrastée, entre ségrégation, misère, créativité et destins hors normes. Un trésor mis en image astucieusement.

Salone (Kondi Band)

note: 4Sanza fever G. Abitbol - 9 décembre 2017

Rencontre entre deux musiciens aux parcours différents : d'un côté Chief Boima, DJ et producteur américain originaire de Sierra Leone, qui se charge d'apporter sa "culture club" à la virtuosité de Sorie Kondi, joueur de sanza, ce piano à pouces caractéristique que l'on retrouve sous différentes appellation en fonction des pays où il est pratiqué (likembé aux Congos, marimba ou encore kondi... justement !). Dans le genre, on connaissait déjà les formidables Konono n1 et leur album Congotronics, qui mariait diablement bien les sonorités métalliques de l'instrument à des rythmes, amplifiées par des moyens de fortune. On retrouve ici cette même énergie, mais canalisée par l'expérience d'un DJ apportant l'enrobage d'éléments afro-house, rappelant parfois le kuduro, parfois le minimalisme d'un Francis Bebey. Un disque tradi-moderne collant parfaitement à la ligne éditoriale du label Strut !

Rime (Tequila Works)

note: 3Jeu vidéo pour les méninges G. Abitbol - 5 décembre 2017

Échoué sur une plage, un jeune garçon reprend peu à peu ses esprits et part explorer l'île en tentant d'en percer tous ses mystères. Il sera pour cela confronté à de nombreux casse-têtes où on fera appel à sa logique, sa dextérité et sa persévérance... Rassurez-vous, rien d'insurmontable non plus, et il vous faudra 6 ou 7 heures pour découvrir le fin mot de l'histoire. Rime demeure une balade onirique plutôt bien conçue mais qui a une fâcheuse tendance à rappeler un peu trop le monde graphique de "The last guardian"... On retiendra quand même quelques bonnes idées (notamment les jeux sur la perspective et la lumière) et la jolie bande-son. Un jeu vidéo intelligent qui plaira aux gamers voulant un peu de "zen" dans leur passion ludique.

Nier Automata (Square Enix)

note: 5L'amour à la machine G. Abitbol - 25 octobre 2017

Voici certainement l'un des jeux qui aura marqué le plus l'année 2017. Suite de Nier, sorti en 2010 sur PS3 et Xbox 360, cet Action RPG vous propose d'incarner 2B, une androïde chargée de nettoyer la Terre de l'occupation de machines impitoyables, ayant obligé l'Humanité à se réfugier sur la Lune. Vous voilà donc plongé dans un univers froid et en ruine, où vous ne pourrez compter que sur vos armes, vos "puces de fonctionnalités" (permettant d'optimiser vos compétences, comme dans tout bon RPG), et vos pods, petits robots vous épaulant dans vos missions. Au-delà de ce scénario assez classique, ce qui marque avec Nier Automata est le soin apporté à l'univers dans lequel vous allez évoluer (et cela, pour une bonne 50aine d'heures de jeu) : les musiques sont splendides, les paysages variés et immersifs, le gameplay fluide et pas trop répétitif. Sachez également que pour découvrir l'histoire complète, il vous faudra finir le jeu plusieurs fois, avec différents personnages (vous aurez alors accès à d'autres missions, et le scénario prendra alors tout son sens : il est donc fortement conseillé de ne pas s'arrêter au premier générique de fin !). La quintessence du jeu Made in Japan.

Tout est magnifique (Jacques)

note: 4 G. Abitbol - 17 octobre 2017

Jacques est un phénomène, investi de deux missions qui semblent pourtant impossibles : remettre à la mode la coiffure dite "à la Gérard Jugnot", et plus facile, faire des objets du quotidien une intarissable banque de sons à mettre en musique. Avec une philosophie propre à la musique concrète, Jacques est pourtant plus une sorte de dadaïste dans sa manière de composer : lunaires, excentriques et plutôt drôles, ses cadavres exquis instrumentaux, dont les sources sonores sont indiquées en notes de livret (presque un poème surréaliste en soi), restent étonnamment dansants. En un mot : ça fonctionne ! Reste le morceau "Dans la radio", plus pop, sorte de rencontre entre Katerine et Tekilatex, qui convainc un poil plus difficilement, bien qu'il constitue la conclusion parfaite à un album dont le maître mot reste : surprenant.

Crook songs (Oncle Strongle)

note: 4New Orleans not dead G. Abitbol - 3 octobre 2017

Le long de la Garonne, un son étrange de clarinette résonne à travers la ville… vient la rejoindre une contrebasse, des cuivres, puis un banjo. Le temps d'un instant, de Bordeaux à la ville rose, l'eau prend une teinte bourbon et l'air empeste le cigare bon marché, pendant qu'on tape le carton le bord des trottoirs. Les responsables ? Oncle Strongle, le meilleur groupe de "Garage swing" de l'Hexagone ! Il en faut peu pour être heureux...

We're mad ! (The Toy Dolls)

note: 4Livin' la vida loca G. Abitbol - 27 septembre 2017

Génial, un disque des Toy Dolls à la médiathèque ! Chainon manquant entre les Monty Python, NOFX et le Dr Emmett Brown, voici les punk les plus potaches du royaume britannique. Une anthologie qui vous donne une bonne excuse pour re-chanter (faux) "Idle gossip" ou "She goes to Finos" lors de vos champêtres ballades en famille du dimanche, sous les yeux effarés (côté passager) de votre femme, évidemment.

Orfeo chaman (Christina Pluhar)

note: 5Baroque contemporain G. Abitbol - 20 septembre 2017

Christina Pluhar est une habituée des projets inclassables. L'autrichienne (mais française d'adoption : elle réside à Paris) s'est imposée depuis plus de 15 ans comme une vraie spécialiste de la musique ancienne. Pourtant pas de doute : elle prend un malin plaisir à dépoussiérer la musique classique ! Né à l'occasion d'un spectacle à Bogota donné en 2014, cet opéra moderne revisite le mythe d'Orphée en mariant musique baroque et répertoire sud-américain. Un programme enchanteur, tant le chant du jeune argentin Nahuel Pennisi, bluffant de justesse et d'émotion, se conjugue bien avec le jeu de l'ensemble de l'Arpegiatta (qui pour le coup, n'a plus grand chose à prouver en terme d'excellence). Très beau disque !

This is Trojan (Desmond Dekker)

note: 5Made in Jamaica G. Abitbol - 26 août 2017

Fondé à la fin des années 1960 afin d'importer la musique jamaïcaine sur le territoire britannique, Trojan Records est un label emblématique, adulé par tous les amoureux de reggae et de ses ramifications. L'équivalent d'un label comme Stax pour la soul ou Chess Records pour le blues... Voici sans doute la compilation définitive pour redécouvrir des tubes incontournables comme "Israelites" de Desmond Dekker, "Return of Django" des Upsetters, "Rivers of Babylon" des Melodians, "Liquidator" d'Harry J All Stars... La crème de la crème !

Colter Wall (Colter Wall)

note: 5Crazy heart G. Abitbol - 4 août 2017

Colter Wall a 21 ans. C'est son premier album. Il vient du Saskatchewan, pays de vastes plaines au beau milieu du Canada. Maintenant que vous avez cette information, il se peut que vous vérifiiez une nouvelle fois que vous avez bien introduit son CD dans votre platine... Le timbre de baryton du chanteur s'apparente en effet davantage à celui d'un vieux baroudeur du fin fond des Appalaches, et ses intonations caressantes semblent sortir du corps d'un homme ayant vécu plusieurs vies... On est loin du jeune premier propret du Grand Ole Opry comme les USA en sortent régulièrement. Passé cette surprise, on appréciera les textes de ce magnifique album, truffés d'histoires poignantes, contées avec brio. On saluera également le picking du guitariste, parfaitement maitrisé. Quelque part entre le honky tonk de voyou d'un Merle Haggard, l'épure et la délicatesse de la scène émergente du Greenwich Village (FIP le compare à Dave von Ronk. Un sacré compliment), voilà un musicien qui peut porter fièrement son Stetson !

In excelsis stereo (Gloria)

note: 4G-L-O-R-I-A G. Abitbol - 11 juillet 2017

Tout n'est pas parfait chez les françaises de Gloria (car même si des hommes font aussi partie de ce groupe rassemblé un peu par hasard dans un manoir breton pour célébrer l'amour de la pop 60's, on privilégiera, une fois n'est pas coutume, le genre féminin). Un disque comme "in excelsis stereo", brille ainsi davantage par sa fraicheur rétro que par son originalité, usant un peu tous les poncifs du genre, à grands renforts de guitares fuzz et de trille psychédélique. Mais le trio vocal sait bougrement y faire. Là où des girls groups aussi sympathiques que Vivian Girls ou Habibi ne quittent pas le pré carré d'une pop garage mélancolique, Gloria ose s'affranchir de l'étiquette "indie" pour des morceaux comme "In the mornoing", jolie ballade à la Simon & Garfunkel. Et puis, au détour d’un morceau, on entrevoit parfois une formule magique rare : la simplicité et l’efficacité des productions emblématiques de Phil Spector. Un disque qui séduit et qui surprend par son double niveau de lecture : l'écoute distraite, accès sur la mélodie, comme une écoute plus détaillée, dans laquelle on y trouve de nombreux détails croustillants.

Sons of love (Thomas de Pourquery)

note: 5The genius of De Pourq G. Abitbol - 7 juillet 2017

Voila un jazzman libre comme l'air et osant tout, du projet débridé - déjà au côté du sextet stellaire "Supersonic" - comme "Plays Sun Ra" ("meilleur album" aux Victoires du jazz 2014), à l’album "Broadways" où le voila pousser la chansonnette dans le rôle du crooner habité... Il faut dire que Thomas de Pourquery n'a jamais caché son amour du rock et cette envie de ne pas s'enfermer dans une case, et cela dès son projet DPZ. Le voila donc de retour avec "Sons of love", un album solaire, incandescent même : on y retrouve sous le vernis du jazz de la musique progressive, des racines blues ("Get the money back"), quelques effets électro, un versant pop en résumé au sens premier du mot : populaire, donc accessible. En résulte un jazz formidable, débordant de proposition et d'enthousiasme, réalisé avec brio. BRAVO !

Moderne (Les Jambons)

note: 4Les frères couenne G. Abitbol - 30 juin 2017

Deuxième des trois albums produits par Les Jambons, défunt groupe nantais, "Moderne", sorti en 2000, n'a pas pris une ride. Ça n'est guère étonnant : à l'instar des groupes de chansons roublards et 3e degré auxquels ils font penser immédiatement (Les VRP, Nonnes Troppo, Les Malpolis... voire Odeurs), le style musical est dépouillé, ça swingue... et les textes sont suffisamment bien écrits pour être intemporels. De "Madame Robert", clin d’œil à Nino Ferrer, au "Petit clown ridicule" (qui n'a pas pris une ride non plus, tout juste quelques kilos), voici douze morceaux qui mettent de bonne humeur.

...En Chine (Sascha Hommer)

note: 4Chronique de Chengdu G. Abitbol - 24 juin 2017

Vous avez aimé "Shenzhen" de Guy Delisle ? Sascha Hommer, bédéaste allemand dont voici la 4e BD traduite en français, vous propose, plus de 10 ans après, de découvrir Chengdu, mégalopole chinoise de la province du Sichuan. Avec un parti pris graphique différent, notamment cette façon de représenter les personnages avec des visages "non humains" ou ce personnage principal affublé en permanence d'un masque, c'est un récit très personnel que livre l'auteur, dépassant largement le simple compte rendu de voyage. En témoigne les entractes narratifs récurrents comme cet extrait de "La cité des chats" de Lao She (1932), qui vient rajouter un peu de mystère au tableau déjà brumeux de pollution de la vie quotidienne de nos héros expatriés. Au final, un récit fort plaisant à lire, qui parlera certainement aux personnes ayant déjà voyagé en Chine, et qui donne envie de découvrir le reste de la bibliographie de son auteur.

Greatest hits (Einstürzende Neubauten)

note: 4Silence is sexy G. Abitbol - 10 juin 2017

Originaire de Berlin-Ouest et formé en 1980, Einstürzende Neubauten, littéralement "les nouveaux immeubles s'écroulant", est un groupe dont la proposition artistique s'est profondément adoucie avec le temps. S'inscrivant initialement au sein du courant de la musique industrielle, leurs performances radicales voient l'utilisation d'outils de chantier (masses, perceuses...), de matériaux divers (plaques de métal, tubes en verre...) en vue de la création d'une musique post-moderne, arty et politique. Gardant des éléments bruitistes, le style musical va évoluer à la fin des années 1980 vers un rock sophistiqué avec une couleur musicale propre, utilisant des éléments nouveaux comme le silence, le souffle, et les textes du chanteur dandy Blixa Bargeld (également guitariste pour les Bad Seeds de Nick Cave). Le groupe demeure cependant suffisamment "unique" pour se voir programmer dans des festivals aussi divers que Villette Sonique ou le festival jazz de Gand... Compilation de la période "calme" du groupe (1989-2014), ces 15 morceaux raffinés prouveront aux plus sceptiques que songwriting et expérimentation peuvent aussi former un mariage réussi.

It's snowing on my piano (Bugge Wesseltoft)

note: 3Piano solo G. Abitbol - 7 juin 2017

Premier album du pianiste norvégien, sorti en 1997, "It's snowing on my piano" est un album solo, qui se présente ici dans une édition agrémentée d'un DVD captant le musicien en 2005 entouré par ses comparses Nils Landgren, Lars Danielsson ou Ulf Wakenius. Une bonne opportunité de découvrir les différentes facettes du jazzmen. C'est aussi, en ce qui concerne l'album proprement dit, un Bugge Wesseltoft peut être moins connu des amateurs l'ayant découvert avec ses expérimentations électroniques (c'est un des fers de lance du courant "nu jazz"). Voici un album reposé, tout en délicatesse, à la frontière du jazz et de la musique classique. On pense irrémédiablement à Erik Satie. Un joli moment d'écoute en perspective.

English tapas (Sleaford Mods)

note: 3Cockney Rejects G. Abitbol - 2 juin 2017

Envie d'une belle tranche de vie grisâtre de nos amis britanniques ? Ces "tapas anglais" devraient faire l'affaire. Le duo de Nottingham (ville à qui l'on doit Robin des Bois ou Jake Bugg, deux profils de gendre idéal somme toute), est particulièrement prolixe avec près de 10 albums en une dizaine d'années, sur un mode opératoire bien rôdé. Au menu, un tempo minimaliste aux relents punk (basse/batterie) et des textes incisifs déclamés par l'accent cockney à couper au couteau de Jason Williamson, quelque part entre l'arrogance de John Lydon et la nonchalance débonnaire et rigolarde de Baxter Dury. Le hip-hop anglais n'avait pas du nous livrer un combo aussi immersif depuis The Streets. A écouter de préférence au pub, devant un match de Premier League.

La musique de l'Antiquité

note: 5Le chant des ruines G. Abitbol - 2 juin 2017

A quoi pouvait bien ressembler la musique, avant l'invention de l'enregistrement sonore ? Une production discographique (de plus en plus pointue), allant de la période médiévale au début du XXe siècle a déjà répondu à cette question importante pour bien des mélomanes ; on ne peut en dire autant sur la musique antique. Ce disque, qui est le fruit d'une collaboration scientifique et musicale de longue haleine (adaptation des textes et fragments à disposition, travail de reconstitution des instruments par des facteurs passionnés) permet de s'imprégner d'un univers sonore à jamais disparu. Depuis la musique de la Grèce antique (500 ans av. J-C) jusqu'aux sublimes interprétations de musique sacrée byzantine et melchite de Sœur Marie Keyrouz, voici un voyage au berceau des civilisations : au coeur d'une musique originelle et séminale.

Garoche ! (Arbadétorne)

note: 4Dealer de mogettes G. Abitbol - 2 juin 2017

Moins connu que son voisin breton, le patrimoine musical et folklorique vendéen est lui aussi d'une grande richesse. Présenté ici au travers de rondes, branles et autres valses, d'influences celtiques mais aussi profondément Saintongaises (les Charentes actuelles), ce sont l'accordéon, le violon, les vents, la guitare et les chants qui en restituent tout son relief. Arbadétorne, le groupe traditionnel vendéen le plus renommé, vous donnera des envies de balade dans l'Ouest, du Bocage à Noirmoutier, à la (re)découverte de cette région merveilleuse.

OST (Rémi Lopez)

note: 4End credits G. Abitbol - 31 mai 2017

Les jeux vidéo sont toujours considérés par une écrasante majorité comme une pratique au mieux régressive (et de facto, enfantine), au pire débilitante (pour rappel, 7% des français considèrent ce domaine comme "culturel" selon une enquête ministérielle de 2016, se positionnant derrière "surfer sur internet" (15%) ou "aller à la pêche" (13%)...). Alors la musique de jeux vidéo, qu'en dire, qu'en faire ? Et pourtant. Cette musique est une véritable madeleine de Proust générationnelle. Certains frissonnent encore à la musique de Megaman 2 ou Streets of Rage (évoqués dans le livre). D'autres se revoient combattre la Shinra de Final Fantasy 7 en quelques notes de piano de Nobuo Uematsu... Aussi ancrés dans les mémoires que peuvent l'être des jingles publicitaires, ces musiques sont capables de faire renaitre immédiatement une époque, des sensations, alors même que les compositeurs se sont confrontés aux limites techniques des consoles et de leur palette restreinte de sons. C'est là que réside tout le génie de ces musiciens, excellant dans l'écriture mélodique, utilisant toute leur créativité pour écrire des thèmes emblématiques. Aujourd'hui, certains de ces compositeurs remplissent les salles de concerts, parfois accompagnés par des orchestres symphoniques. Des auteurs reconnus s'essayent de leur côté à l'écriture pour ce support (de Hans Zimmer à Amon Tobin). Preuve de la vivacité d'un univers à la richesse insoupçonnée.

Laudes (Denis Raisin Dadre)

note: 5De l'Orient à l'Occident G. Abitbol - 31 mai 2017

Après avoir exploré la musique religieuse chrétienne de la Renaissance, l'ensemble Doulce Mémoire, dirigé par Denis Raisin Dadre, poursuit ses recherches en s'intéressant sur ce disque aux liens unissant les confréries musulmanes et chrétiennes. Ils s'accompagnent pour l'occasion de Taghi Akhbari et Nader Aghakhani, respectivement au chant persan et au târ (petit luth perse). En résulte ce disque délicat, où l'on célèbre les "laudes" (louanges). Des chants dévots certes de traditions différentes, mais d’une finesse exquise.

Musique pas bête (Nicolas Lafitte)

note: 4 G. Abitbol - 31 mai 2017

Compilant 44 questions "pas si bêtes" posées par de jeunes auditeurs lors de l'émission de France Musique "Klassiko dingo", cet ouvrage richement illustré a le mérite de répondre de manière légère à des interrogations cruciales comme "Pourquoi les chanteurs lyriques chantent bizarrement", "Pourquoi fait-on de la flûte à bec à l'école" ou encore "Peut-on jouer de la musique de chambre dans sa salle de bains". Et mine de rien, la somme d'anecdote compilée par le très pédagogue Nicolas Lafitte a le mérite de nous apprendre bien des choses sans même que l'on s'en rende compte. Bravissimo !

Chat sauvage en chute libre (Mudrooroo)

note: 3Retour au bush G. Abitbol - 9 mai 2017

Premier roman de l'auteur, publié en 1965 alors qu'il n'a que 27 ans, et premier roman aborigène officiel, bien que ce titre soit désormais remis en question suite à une sombre affaire liée aux origines exactes de l'auteur. Ce "Chat sauvage en chute libre" est un aller-retour narratif constant, entre le présent et le passé, l'effort et la renonciation. Jeune aborigène dont l'identité reste dissimulée au lecteur, le personnage principal de ce roman désenchanté se cherche une place dans une société australienne alors en proie à une politique d'assimilation dont il subit de plein fouet les dommages collatéraux : à un âge où l'on refuse de rentrer dans une case, il lui faut pourtant choisir : s'intégrer (et renier sa culture) ou s'isoler (des autres, heureux et pleins d'avenir ; de la société, quitte à finir en prison). C'est au final l'indifférence générale qui prédomine pour ce jeune homme, incapable de supporter plus longtemps les frasques immatures de ses copains "bodgies" (les blousons noirs locaux) ou les Blancs à la jeunesse dorée et inconsciente. Perdu entre deux univers qu'il rejette, entre deux cultures dont il se sent étranger, seule la fuite semble lui tendre les bras. Celle du retour vers la prison, dont le chapitrage du roman laisse présager qu'elle est inéluctable, le dehors et "l'en-dehors" n'étant qu'une parenthèse vouée à l'échec. Celle du retour au bush et à sa quête existentialiste, pendant aborigène fort au "Godot" de Samuel Beckett.

Moi, Daniel Blake (Ken Loach)

note: 4Ken Park G. Abitbol - 5 mai 2017

Les films de Ken Loach ne sont pas réputés pour être des feel-good movies, le fort engagement social du réalisateur prenant systématiquement le pas sur un humour pourtant bien présent dans chacune de ses créations. Cette cuvée 2016, qui vaut au britannique sa 2e Palme d'or (après "Le vent se lève" en 2006) ne déroge bien sûr pas à la règle et va peut-être encore plus loin dans la critique d'un système déshumanisé et abscons, laissant sur son passage ceux qui n'arrivent plus à suivre, comme un rouleau compresseur inarrêtable. Personne à sauver dans cet univers où l'entraide devient contreproductive (voir la scène à la bibliothèque, éloquente) et les aléas de la vie des éléments "éliminatoires" d'un jeu que l'on ne peut gagner. Quiconque aura vu le documentaire "Pôle emploi ne quittez pas" y verra une analogie mettant relativement mal à l'aise... Face à ce bloc administratif compact et hostile, reste la solidarité, prétexte pour le réalisateur à de beaux moments entre des acteurs d'une grande justesse. Du Loach sans surprise, mais désormais au sommet de son art.

Rencontrer Looloo (Chocolat)

note: 4L'infâme Chocolat G. Abitbol - 14 avril 2017

Gare aux fausses pistes ! A croire en effet que les québécois prennent un malin plaisir à vouloir emmener l'auditeur là où il ne l'attend pas, pour mieux le surprendre et l'étonner. A commencer par la pochette, qui si on la regarde à la dérobée tire plus sur le cartoon façon Beavis and Butthead que vers l'épopée cosmique à la Gérard Manset - dont nous ne sommes pourtant pas loin. Musicalement, il y a bien quelques morceaux de bravoure, à l'instar des titres hard psyché "Looloo" et "Retrouver Looloo" (Looloo ?? Oui, c'est moi. Mais, c'est qui ce "Looloo" ? Et bien, selon les musiciens, c'est "ce demi-dieu issu des poussières galactiques, cet exalté vibrant au rythme d’une épiphanie sertie de bouteilles de Cherry Coke et de pretzels. Sa tête de guitare électrique chante l’avènement d’un nouveau Golden Age strident de distorsion, d’une fuite inéluctable vers les confins de l’univers pour renouer avec ceux qui nous donnèrent l’intelligence et le hard rock". Hum.) On retiendra surtout les accents jazz et prog rock 70's des morceaux ouvrant ce 3e album : "On est meilleurs que R.E.M" (héhé), et "Ah ouin". Une grosse demi-heure d'un Chocolat show diablement rafraichissant.

Le matin du pélican (Eskelina)

note: 4skol ofenstrü G. Abitbol - 11 avril 2017

Il y a de fortes chances que vous vous demandiez à l'écoute de cet album, d'où peut bien venir cette pointe d'accent que l'on entend chez Eskelina. Du sud-ouest, façon Olivia Ruiz? Quoique ces intonations ont un côté québécois, comme chez Ariane Moffatt... Ne cherchez plus : il fallait reconnaitre la Suède, d'où la chanteuse s'est expatriée il y a dix ans. Des aventures relatées dans le texte "La valise rose", écrit par Florent Vintrigner (La Rue Kétanou) et composé par Christophe Bastien (Debout sur le zinc), qui signent par ailleurs toutes les chansons de ce premier album. En résulte un style de chanson léger, délicat mais pas nunuche ("Femme Fleury" ou le taquin "Les hommes à poil") et un bien joli brin de voix, récompensé par les prix du jury et du public Moustaki 2016. Prouvant que les suédois ne font pas que (partie) des meubles.

La grande illusion (Kent)

note: 4 G. Abitbol - 17 mars 2017

Lors de son passage à la médiathèque de la Madeleine en décembre 2016, Kent expliquait qu'il lui était nécessaire, pour lui donner l'envie de créer de nouvelles compositions musicales, d'effectuer un véritable travail d'introspection, mais également de prise de distance sur la turbulente actualité... Un recul indispensable pour écrire et se renouveler, lui qui avec cet album, fête ses 40 ans de carrière (depuis 1977 et les premiers titres de Starshooter). Retour au format musical de la chanson pop donc pour cet opus, marqué par des textes forts ("Un revenant", sur les attentats du 13 novembre 2015) et des arrangements particulièrement élégants. Le sommet de l'album étant certainement ce formidable "Si c'était à refaire", qui s'inscrit dans la lignée du Thiéfaine "d'Alligator 427" ou du "Chien" de Ferré... Une réussite pour ce musicien discret, mais dont chaque nouvel album renforce son statut d'artiste incontournable de la scène francophone.

Aqua toffana (Anastasia)

note: 4 G. Abitbol - 17 mars 2017

Elle ne squatte pas les écrans télé, et on se demande bien pourquoi, car le niveau de cet album de la chanteuse Anastasia est relevé à tout point de vue. Portées par la voix chaude et gorgé de soul de la chanteuse, les compositions synthétisent le meilleur du groove et de la chanson française, avec une diction parfois slamée, toujours juste. Les arrangements ne sont pas en reste. Les paroles, fines et bien pensées, marquent la naissance d'une vraie plume, et confirment au passage tout le bien que l'on pensait de Batlik et Alexis HK, qui signent 4 textes. Une belle découverte que l'on a désormais envie de suivre de près !

The Night of
The night of (Steven Zaillian)

note: 4La nuit je mens G. Abitbol - 11 mars 2017

L'andouillette a son AAAAA, la série télévisée a HBO : deux acronymes qui assurent que l'on a de grandes chances de se faire plaisir et que la qualité va être au rendez-vous. Et après quelques petits échecs et la concurrence de plus en plus cinglante de Netflix et consorts, on peut dire que l'on a ici un vrai retour aux affaires du patron, dans la droite lignée des incontournables The Wire et Oz. En 8 épisodes, The night of est une révélation. Passionnant de bout en bout, filmé d'une manière percutante et très prenante, le programme bénéficie d'une prestation d'acteurs de haute volée, John Turturro en tête. Impossible d'en dire plus sur le scénario... Mais une série fortement recommandée !

La loi de la jungle (Antonin Peretjatko)

note: 4OSS 973 G. Abitbol - 24 février 2017

Ah la Guyane… région à la nature luxuriante, aux chaleurs tropicales et au potentiel touristique sous-exploité. C'est pour remédier à ce problème que l'acteur Vincent Macaigne, dans son rôle de stagiaire au ministère de la Norme (sic) est envoyé sur place pour le projet Guyaneige, LA piste de ski sensée donner un coup de lasso à l'économie locale. Il y rencontrera la formidable et renversante Vimala Pons, qui sous ses atours de Belle Cabresse à la clope vissée au bec, va l'entrainer dans des aventures inénarrables. Film déconcertant mais complètement décomplexé, La loi de la jungle séduira autant qu'il déconcertera ses spectateurs. Quelque part entre le comique cartoonesque d'OSS 117, la raillerie administrativo-burlesque des films de Karl Zero et le rythme haletant des Dieux sont tombés sur la tête, il laissera en tête quelques scènes d'anthologie, portées par des acteurs généreux. Et une grande leçon de vie : quel que soit son chemin, pour sa propre survie, dans cette jungle moderne et touffue, il convient de l'emprunter à reculons...

What matters now (Ursus Minor)

note: 4L'appeau de l'Ours G. Abitbol - 22 février 2017

Sans étiquette, sans complexes, sans concession : la musique du collectif Ursus Minor est celle d'un engagement total, dans les textes (ZAD song en référence à Notre-Dame des Landes, La meilleure des polices qui aurait pu naitre sous la plume de Kery James), dans les choix musicaux où cohabitent étonnamment bien le groove du funk et du chant rappé, la puissance des guitares électriques, la finesse d'un air de clarinette furtif... Quatre parties auront été nécessaires pour articuler les morceaux de ce double album très dense, mais dont la grande liberté de ton est vraiment réjouissante. What matters now ? C'est ce qui importe !

The piper at the gates of dawn (Pink Floyd)

note: 5Pipeau acide (Barrett) G. Abitbol - 16 février 2017

Premier album et premier classique absolu du Floyd. Sorti en 1967 après quelques essais prometteurs (See Emily play, Arnold Layne), le groupe anglais, alors dominé complètement par la figure de Syd Barrett, produit une pop psychédélique sous haute influence des contes pour enfants et du LSD ("Bike"), Un album particulier dans leur discographie, le préféré des fans rebuté par le tournant stadium rock entamé avec les années Gilmour/Waters.

Hors sol (Grèn Sémé)

note: 4Maloya du XXIe siècle G. Abitbol - 7 février 2017

En perpétuelle mutation, le maloya, genre musical phare de La Réunion, ne cesse de se renouveler et d'épater les oreilles des mélomanes en dehors de son île. Grèn Sémé, quintette de musiciens mené par le chanteur et auteur Carlo de Sacco, en propose une version moderne et enthousiasmante. Porté par les percussions traditionnelles et les mélodies du synthétiseur, les textes poétiques et bien ficelés rappellent le meilleur de la chanson francophone - voire du slam, tandis que les instruments se laissent divaguer jusqu'à des territoires habituellement habités par le jazz ou le free rock (un album qui ne doit pas déplaire à Serge Teyssot-Gay...). Une excellente porte d'entrée vers la musique créole.

Les Wang contre le monde entier (Jade Chang)

note: 2 G. Abitbol - 3 février 2017

Un nouveau « Little miss sunshine » peut-on lire en 4e de couverture… un avis élogieux des critiques américains qui laisse, à la lecture de ce premier roman de Jade Chang, un brin perplexe. Car là où le film de Dayton et Faris brillait par son équilibre parfait entre humour, émotion et brin de folie, ce galop d'essai littéraire, en visant le même exercice de funambule, se ramasse lourdement. Pourtant, la trame est prometteuse : ruinée par des calculs financiers désastreux, une riche famille d'immigrée taiwainaise se voit contrainte d'embarquer de force dans le train remuant de l'American way of life et se confronter à son identité profonde au passage. Il y avait donc matière à la mise en place de situations rocambolesques, de personnages déjantés… Et bien non ! On ne s'attachera jamais à cette famille, aux cinq personnalités bien différentes, ni à leurs aventures. Hésitant constamment entre la fresque familiale, la littérature de road-trip et la chick lit, Jade Chang finit par proposer une tambouille tiède et sans aucun relief. le lecteur, lui, s'ennuie profondément, notamment pendant ces deux cent premières pages où il ne se passe… strictement rien. C'est tout le danger d'un roman « d'ambiance » où l'atmosphère prime sur les situations : il faut réussir alors à accrocher le spectateur par le style, et c'est bien ce qui manque cruellement à ce livre. Au mieux inoffensive, l'écriture s'enfonce parfois dans des dialogues d'une mièvrerie sidérante que l'on croirait tout droit sortie d'un épisode d'Hélène et les garçons… Au final, le lecteur patient aura hâte d'arriver au bout de ce trop long roman et une fois celui-ci définitivement fermé, l'oubliera sans doute bien vite.

The last guardian (Fumito Ueda)

note: 3Trico, assis ! G. Abitbol - 25 janvier 2017

Perdu dans un univers en ruine, un enfant d’une civilisation mystérieuse se retrouve contraint de partager son chemin avec une créature sauvage pour réussir à s’échapper et retrouver les siens… Arlésienne du jeu vidéo, puisque annoncé dès 2009 pour une sortie sur la PS3, le dernier jeu du concepteur Fumito Ueda (Ico, Shadow of the colossus) était attendu de pied ferme par les gamers du monde entier. The last guardian recueille pourtant des avis un brin mitigés : certains y voient un chef d’œuvre onirique comme seul le japonais est capable d’en sortir, tandis que d’autres pointeront les défauts principaux du jeu, à savoir des graphismes datés et un problème de caméra récurrent (résultat dun gameplay en vue objective). Le mieux est encore de se faire son propre avis… On est clairement subjugué par la relation qui va se développer entre le petit garçon et Trico, animal fabuleux aussi mignon que têtu (la transcription très réussie d’un comportement « animal » : on jurerait avoir affaire au chat de la maison…), mais aussi passablement agacé de devoir recommencer 10 fois la même action, faute d’une jouabilité exemplaire. Reste un univers unique, à parcourir entre 12 et 15 heures pour en voir le bout (une soluce pouvant éviter le coup de sang à deux ou trois endroits).

Mes amis (Emmanuel Bove)

note: 5Avoir un bon copain G. Abitbol - 24 janvier 2017

Le premier roman d'Emmanuel Bove, paru en 1924, n'a étonnamment pas pris une ride, et conserve une force exceptionnelle. A quoi peut-on attribuer ce tour de force ? A une écriture minimaliste mais néanmoins féroce de précision et de retenue, qui en dit bien plus par ses silences que par de long discours ? A l'histoire intemporelle d'un homme empreint d'une grande solitude, qui en ne cherchant que des "amis" tente d'échapper à sa propre folie narcissique ? Bove, derrière de fausses banalités, laissera quelques savoureux aphorismes à ses lecteurs et un étrange sentiment d'étourdissement : "J’étais, dans cette maison d’ouvrier, le fou, qu’au fond, tous auraient voulu être. J’étais celui qui se privait de viande, de cinéma, de laine, pour être libre. J’étais celui qui, sans le vouloir, rappelait chaque jour aux gens leur condition misérable.".

Song of the deep (Insomniac Games)

note: 4We all live in a yellow submarine G. Abitbol - 21 décembre 2016

"Song of the deep" permet d'incarner une jeune héroïne partie en bathyscaphe à la recherche de son père dans les vastes fonds marins. Classé dans la catégorie des "Metroidvania" par la presse spécialisée, ce jeu vidéo propose d'explorer des zones truffées de recoins à dénicher, de trésors qui permettront d'améliorer ses compétences et bien entendu de poissons belliqueux ; chose caractéristique de ce genre de jeu, il faudra souvent revenir sur ses pas pour enfin pouvoir débloquer avec ses nouveaux pouvoirs ce qui nous bouchait le passage un peu plus tôt. Sans être révolutionnaire, "Song of the deep" permet toutefois de passer un bien agréable moment, ses graphismes mignons tout pleins (on pense à "Rayman Legends"), ses casses-têtes relevés mais pas trop et les différentes ambiances de la map offrant une bonne dizaine d'heures à barboter sous l'eau.

Life Is Strange (Square Enix)

note: 4Soirée diapo en perspective G. Abitbol - 16 décembre 2016

Développé par un studio français, Life is strange est une aventure captivante, comme il en existe encore trop peu dans le monde vidéoludique. Découpé en 5 épisodes (le jeu est sorti à l'origine au fûr et à mesure) à la manière d'une saison de série TV, il permet d'incarner Max Caulfield, jeune étudiante en photo fraichement arrivée sur le campus de Blackwell, Oregon, pour y suivre les cours du professeur Jefferson, référence en la matière. Elle y retrouvera son amie d'enfance, perdue de vue depuis longtemps, et se découvrira un pouvoir exceptionnel, celui de remonter le temps. Pour le joueur, ce pouvoir donnera l'occasion de modifier le cours des évènements et d'influer sur l'histoire, quitte à devoir réaliser des choix cruciaux... Plus proche du film interactif que du jeu pur jus, Life is strange est avant tout un succès par son atmosphère très réaliste, sa bande-son, et le travail réalisé sur les personnages. Il rappellera aux plus anciens (bien que se déroulant dans un monde différent), par certains aspects de gameplay et de scénario, le chef d'oeuvre du jeu qu'est Shen Mue. A tester pour se faire une autre idée du jeu vidéo !

No Land's Song (Ayat Najafi)

note: 4Persepolis G. Abitbol - 7 décembre 2016

Il y eut un temps pas si lointain où la musique en Iran était un art presque comme les autres, où l'on se réunissait dans des salles de spectacle pour écouter chanter indifféremment homme comme femme. Mais depuis la révolution de 1979, c'est une toute autre histoire : impensable pour une femme de se produire en public devant un parterre d'homme... Les érudits religieux sont formels : le chant féminin est profondément impudique. La musicienne Sara Najafi se lance pourtant un défi fou : organiser un concert avec des chanteuses iraniennes et françaises (Elise Caron, Jeanne Cherhal entre autres) et exposer aux spectateurs (du concert, du film) toutes les contradictions d'un pays en pleine mutation. Cinq ans après "Les Chats persans", retour à Téhéran pour ce documentaire musical éloquent où le talent des musiciens est proportionnel à leurs déconvenues quotidiennes...

Apache (Alex W. Inker)

note: 4Faut reconnaitre, c'est du brutal G. Abitbol - 6 décembre 2016

En plongeant dans la BD du Lillois Alex Inker, on plonge tout habillé dans l'univers haut en couleur et en argot du Paris de l'entre deux-guerres, truffé de mauvais garçons, de petites pépées et d'histoires rocambolesques. Le dessin est fortement marqué par l'iconographie du tatouage, encré (jeu de mot facile, il ne s'appelle pas Inker pour rien) donc dans ces destins de renégats dont on suivra les péripéties, quelque part entre Popeye, le Jean Gabin du Tatoué et Sacco et Vanzetti. Une réussite.

A day for the hunter, a day for the prey (Leyla Mccalla)

note: 5De Port-au-Prince à New Orleans G. Abitbol - 4 novembre 2016

Déjà adepte de l'old time music au sein de la formation Carolina Chocolate Drops, la violoncelliste Leyla McCalla, qui officie désormais en solo, livre pour ce deuxième opus un album d'une maturité impressionnante. Le fameux "album de la maturité" ? Qu'est-ce que ca peut bien vouloir dire ? Pour une jeune femme à peine trentenaire, cela signifie avant tout incarner parfaitement le métissage de la musique américaine. S'appropriant la musique folk et traditionnelle, les sonorités incomparables de la Louisiane d'où viennent l'âme du jazz et du blues, le répertoire créole, cajun et haïtien en l'inscrivant dans son époque, la musicienne rend hommage à un répertoire riche et somptueux sans aucun anachronisme, tout en y ajoutant ses propres compositions. Une magnifique ballade où l'on se laisse prendre par la main en douceur.

Révolution rurale (Beat Bouet Trio)

note: 4BZH version génération Y G. Abitbol - 28 septembre 2016

Beat Bouet Trio (et quelques autres) naviguent à contre courant total de l'image exclusivement urbaine que l'on peut se faire du hip hop. Et c'est tant mieux. Car ils démontrent s'il le fallait que c'est avant tout un territoire, une langue et une culture que l'on met en musique... Groupe de fest-noz, c'est donc la Bretagne et la langue gallo qui sont ici à l'honneur. Mélange original et réussi de ragga, beat box et musique bretonne, l'album s'avère entrainant, et constitue une passerelle artisanale entre tradition et modernité.

Vinyl
Saison 1 - première partie (Allen Coulter)

note: 4Personality crisis G. Abitbol - 22 septembre 2016

Véritable superproduction signée HBO, la série "Vinyl", produite par Martin Scorsese et Mick Jagger, avait tout du carton assuré. Las ! Il aura suffit d'une petite saison pour que Richie Finestra, le patron survolté et repoudré du label American Century, mette finalement la clé sous la porte. Alors au final, faut-il se lancer dans le visionnage d'une série mort-née ? Réponse : si vous aimez l'histoire du rock et de ses turbulences seventies, les fringues vintage, les New York Dolls et la factory de Warhol, les balbutiements du disco... alors oui ! A l'instar de "Treme" autre série HBO annulée en cours de production, l'ambiance globale surpasse largement les maladresses scénaristiques et fait passer un très bon moment.

L'insouciance (Baptiste W. Hamon)

note: 4Nashville skyline G. Abitbol - 3 septembre 2016

Un disque de folk chanté en français, voila au moins depuis Malicorne ou Hugues Aufray que l'on n'avait pas vu cela… surtout avec tant de panache ! Le défi est pourtant relevé haut la main par le jeune Baptiste Hamon, qui pour son premier disque enregistré à Nashville, réussit à incorporer les sonorités de la country à une écriture typiquement "frenchie". Le résultat est bluffant et n'est pas si loin des grands songwriters comme Townes van Zandt que notre artiste admire au point de lui écrire un titre hommage. Un vrai bol d'air dans le monde de la chanson !

Oeuvre non trouvée

note: 5Bis at his best G. Abitbol - 13 août 2016

Lucio Fulci, cinéaste italien méconnu et peu estimé, est redécouvert depuis sa mort en 1996 par une nouvelle génération de spectateurs, profitant du travail de réhabilitation mené par une poignée de fans du réalisateur. En témoigne ce magnifique coffret Blu-Ray/DVD/CD de l'un des films de début de carrière de Fulci. Sorti en 1971, en pleine vague du giallo, "Le venin de la peur", dont on préférera le titre original ("Le lézard dans la peau d'une femme"), est une vraie claque cinématographique. Filmé par une caméra nerveuse mais hautement inventive, doté du charme suranné des années Swinging London , le transalpin dépasse les codes du simple film de genre et propose une vraie enquête policière onirique, au scénario sans excès mais au déroulé haletant. Comprenant des scènes angoissantes rondement menées (Hitchcock à la sauce italienne, mamma mia) et une théâtralisation esthétique sans lourdeur (mais radicale quand même), les bases du style Fulci sont là, et exploseront plus tard dans des films comme "L'au-delà" (un chef d’œuvre gore inégalé) ou "L'éventreur de New York". En complément, la BO splendide d'Ennio Morricone et de nombreux bonus (interviews) remettent en contexte - et en valeur - ce film comme il le méritait.

L'étreinte du serpent (Ciro Guerra)

note: 4Rendez-vous en terre inconnue G. Abitbol - 27 juillet 2016

Réalisé par le colombien Ciro Guerra, ce long-métrage a le parfum des récits de voyage d'antan, à la fois mystérieux, initiatique et dépaysant. Se basant sur les mémoires de deux botanistes partis en Amazonie à quelques décennies d'intervalle, le spectateur se voit confronté à son tour au quotidien des tribus et à leur rapport à l'environnement, source de leur survie... et de leur destruction. Un choc des civilisations traduit en une parabole prophétique et spirituelle par le réalisateur, et mis en image dans un noir et blanc stupéfiant de beauté.

Cafard (Jan Bultheel)

note: 4Conte de la Grande Guerre G. Abitbol - 16 juillet 2016

"Cafard" est un conte, une histoire individuelle au sein de notre Histoire collective, celle de la Grande Guerre et des bouleversements mondiaux du début du 20e siècle. C'est une épopée à travers le globe, celle des soldats belges de l'ACM et de leur destin, ponctué de rencontres humaines et politiques (la révolution russe sert de trame de fond). Mais "Cafard" surprend et marque surtout par un parti-pris graphique radical et à contre courant des productions actuelles : utilisant un minimalisme dans les détails et une animation très "géométrique", qui peut rebuter par son côté froid, parfois laid, les couleurs restent néanmoins flamboyantes et le rendu global suffisamment pertinent pour appuyer un scénario travaillé. A découvrir.

From sleep (Max Richter)

note: 4zzzzzzzzzzzzzzzzz G. Abitbol - 7 juin 2016

Figure de la musique minimaliste, compositeur de musiques de film, collaborateur auprès d'artistes issus des musiques électroniques, Richter ne rentre dans aucune case. Son projet "Sleep", lui, ne rentre pas sur un seul disque ; imaginez plutôt : 8 heures de musique hypnotique et relaxante, entièrement instrumentale et composée avec l'aide de neurologues, tout cela pour vous inciter à tomber dans les bras de Morphée... Sont donc compilés sur ce disque 1/8e du projet global, soit 1 belle heure au croisement de la musique de relaxation, de paysages mélancoliques comme on en trouve dans les bandes originales de films ou le post-rock, mais qui rappelleront aussi certaines compositions de Steve Reich. Étonnamment captivant !

The planets (Gustav Holst)

note: 5Interstellar G. Abitbol - 7 juin 2016

Principale œuvre du compositeur britannique Gustav Holst, "Les planètes" n'ont pas pris une ride, et sonnent même terriblement contemporaines un siècle plus tard ! Morcelé en sept parties pour sept planètes différentes, ce poème symphonique atteint des sommets illustratifs, qu'il évoque la fureur de Mars ou l'effervescence de Jupiter. Un talent de la composition qui inspirera de nombreux compositeurs et cinéastes, parmi lesquels John Williams pour une saga stellaire qui a eu son petit succès... Un classique cosmique incontournable à redécouvrir dans une version magnifiée par l'Orchestre philharmonique de Berlin, sous la baguette de Karajan.

Ya balad (Bachar Khalife)

note: 4Dans la famille Khalifé, je voudrais... G. Abitbol - 26 mai 2016

Inclassable Bachar Mar-Khalifé ! Il a en commun avec son frère Rémi, pianiste au sein du groupe Aufgang, de sortir ses productions sur le label Infiné, et ça n'est pas un hasard. Tout deux partagent en effet un certain sens du raffinement dans leurs compositions, et n'hésitent pas à flirter avec la musique électronique ou la composition de tradition classique (que l'on oublie pas qu'il a un prix catégorie piano du Conservatoire de Paris à son palmarès...). Il y a surtout chez cet artiste, une nostalgie de ses racines libanaises qui se devinent dans chacune de ses notes, tantôt par des touches discrètes, tantôt claironnées fièrement. Bachar Mar-Khalifé, enfant du métissage, sort un disque au goût d'exil, où la mélodie et l'émotion tissent ensemble des morceaux poignants, se concluant par une jolie berceuse à double lecture qui laissera l'auditeur repu et satisfait. Comme charmé par autant de classe.

Rétromania (Simon Reynolds)

note: 4Back to the future G. Abitbol - 26 mai 2016

Gros pavé ayant provoqué pas mal de remous dans les sphères journalistiques et culturelles à sa sortie, voici le dernier essai de l'un des meilleurs critiques musicaux contemporain. Accusé de passéisme (autrement dit, de penser comme un vieux schnock), Reynolds met pourtant en lumière des faits édifiants, et appuie là où ça fait mal. Le public ne serait donc, selon l'auteur, qu'un gros bébé capricieux davantage nostalgique que culotté, préférant les rengaines rassurantes à l'expérimentation ? Tu m'étonnes, et il le prouve le bougre ! Un fascinant portrait sociologique, philosophique et musical du consommateur de culture au 21e siècle.

Musiques électroniques (Guillaume Kosmicki)

note: 5Un livre de référence sur le sujet G. Abitbol - 26 mai 2016

En nous proposant de parcourir plus d'un siècle de musiques électroniques, Guillaume Kosmicki réussit l'exploit d'être à la fois pointu et étonnamment clair et accessible. Il aborde parfaitement les origines savantes du mouvement (Stockhausen, Varèse, les recherches instrumentales…) et n'oublie pas pour autant les courants les plus secrets et actuels. La discographie finale vaut à elle seule de plonger dans ce livre, passionnant.

The Wolfpack (Crystal Moselle)

note: 4Jeunes loups G. Abitbol - 21 mai 2016

Elevée par un père à la limite de la folie, la fratrie Angulo est restée confinée au sein de l'appartement familial new-yorkais pendant toute son enfance et son adolescence. Pour s'échapper de ce quotidien, un seul remède : le cinéma, visionné en grande quantité. Et comme exutoire (à la manière d'un film de Gondry !), recréer les scènes favorites de ses films cultes... et laisser libre court à son imagination. Documentaire choc de la réalisatrice Crystal Moselle, primé à Sundance, la rencontre avec cette famille étonnante marque les esprits. Particulièrement touchant, les ados, qui découvrent au long du film des joies simples (prendre le train, aller au cinéma, une ballade dans la nature...) renaissent littéralement sous l'oeil du spectateur, devenant adultes, mais aussi simplement "humains".

Runaljod - yggdrasil (Wardruna)

note: 4Ballade en territoire viking G. Abitbol - 20 mai 2016

Formé en 2003 par des membres du groupe de black métal norvégien Gorgoroth, le groupe Wardruna s'est lancé un pari audacieux : faire renaitre la musique de leurs lointains parents vikings en transposant en musique le futhark, c'est à dire l'aphabet runique. Projet concrétisé dans un premier volet sorti en 2009 et dont voici la suite, sortie en 2013. On retrouve l'utilisation d'instruments anciens comme le lur (une trompe), le klavykyra (lyre) et de nombreuses percussions, mais aussi un chant polyphonique saisissant, conférant une puissance mystique aux morceaux, et aux productions du groupe une grande crédibilité. Difficilement descriptible, la musique produite, à la fois quasi tribale et rituelle, est aussi d'une grande beauté, et possède une dimension cinématographique évidente, à tel point que le groupe se verra confier la réalisation de la musique de la série TV "Vikings", parachevant une reconnaissance bien méritée. Un folk pagan qui plaira autant aux adeptes de Dead Can Dance qu'aux amateurs de musique ancienne, aux métalleux... et aux curieux.

N.W.A. Straight Outta Compton (Felix Gary Gray)

note: 4The Wrong Niggaz To F*ck With G. Abitbol - 7 mai 2016

S'attaquer à l'histoire des NWA, c'est s'attaquer à un sacré morceau de l'histoire du hip-hop américain. Il est en effet indéniable qu'en deux albums, les parrains du gangsta rap ont révolutionné l'histoire de la musique et influencé la plupart des rappeurs actuels. Avec en son sein des figures comme Ice Cube, Eazy-E ou Dr Dre, des titres sulfureux leur ayant valu des enquêtes du FBI, et des clashs de légende ("No vaseline"), toute la matière était à disposition pour un biopic épique. Le résultat pourra certes paraitre un peu longuet pour peu que l’on ne soit pas un amateur de hip-hop… On croisera les figures de Suge Knight, Tupac ou Snoop Dogg, mais ce sont surtout les acteurs crédibles incarnant le groupe NWA qui sauvent le film d'un scénario parfois un peu trop "à l'américaine". Et la bande son vaut à elle seule le visionnage !

Misa de indios (Ariel Ramirez)

note: 4Découverte du baroque sud-américain G. Abitbol - 5 avril 2016

Ces enregistrements de 2014 célèbrent le répertoire vocal sacré sud-américain avec brio. Au programme, la fameuse "Misa Criolla" (1963) du compositeur argentin Ariel Ramirez dans une version tout en finesse, mais aussi des pièces du répertoire baroque, portés par les instruments traditionnels (charango, flûtes, percussions) et les cordes de l'ensemble La Chimera. Le Choeur de chambre de Pampelune n'est également pas en reste. Au final, une brillante introduction à une page méconnue de la musique, accessible à tous.

Mad Max : Fury Road (George Miller)

note: 4Zinzin au pays de l'or noir G. Abitbol - 31 mars 2016

Au regard de la médiocrité de la plupart des remakes des grandes franchises sortis ces dernières années, en particulier des films de genre des années 70/80 (Total Recall, Death Race…), ce nouveau Mad Max laissait présager le pire. Et pourtant, pour peu que l'on goûte ce cinéma outrancier, on en sort conquis. Il faut dire que cet opus, tourné trente ans après le dernier, a le mérite de conserver le réalisateur original de la saga, ce qui évite une relecture ratée de l'univers post-apocalyptique qui fait la marque de cette série. Et c'est justement l'esthétique qui sort grande gagnante : c'est sale, poussiéreux, truffé de trouvailles toutes plus dingues les unes ques les autres... pour le coup, on joue la carte action à fond, sans rien se refuser (on pense d'ailleurs au "Planète terreur" de R. Rodriguez dans cet esprit "aucune limite") et en y ajoutant de surcroit un humour bienvenu. Le résultat est là : 6 oscars techniques. Pour le scénario par contre, on repassera (et on se replongera sur les premiers volets de Mad Max). Mais est-on venu pour cela ?

La di da di (Battles)

note: 4Guerre et paix G. Abitbol - 30 mars 2016

Il est loin le temps où l'on pensait que Battles ne se relèverait pas du départ de son ex tête pensante Tyondai Braxton, après l’impressionnant album "Mirrored" (2007). Pourtant, en ne répétant pas les schémas tortueux du math-rock (rock polyrythmique complexe et aventureux) mais en ouvrant une autre voie d'écriture dès le second album "Gloss Drop", plus accessible mais tout aussi subtil, le groupe d'outre Atlantique a su se réinventer avec brio. Cette troisième fournée poursuit sur cette voie et confirme tout le bien que l'on pense de ce groupe hors normes. On finirait presque par leur pardonner ce concours de laideur dans le choix leurs pochettes d'albums.

Victim of love (Charles Bradley)

note: 4Soul man G. Abitbol - 3 mars 2016

Second album pour le rescapé de la soul music Charles Bradley, et une nouvelle franche réussite. Adoptant un style simple et sans artifice, ses compositions touchent, que ce soit par l'instrumentation sans faille ou simplement par la beauté du chant. Un très bel album digne de l'époque dorée de la musique noire américaine.

Not so green fields (Dusty Kid)

note: 4Techno Risorgimento G. Abitbol - 29 janvier 2016

Qualifié de musicien surdoué par ses professeurs de musique, ce jeune italien livrait déjà en 2009 pour son premier opus une véritable leçon de techno, à faire pâlir les cadors du genre avec une construction des morceaux jamais rébarbative (travers courant du style), hypnotique, à la fois aérienne et taillée pour le dancefloor. Après 3 albums sombres, précis et sans concessions, cette nouvelle fournée s'apparente du coup à la sortie explosive, lumineuse et soudaine d'un long tunnel. Quelle surprise ! En voulant célébrer un pays, la Sardaigne, en choisissant de ne travailler qu'avec des musiciens locaux, Dusty Kid réinvente complètement son art et ne s'interdit rien, du chant, aux instruments traditionnels. Il faut dire que l'artiste semblerait avoir trouvé l'amour sur l'île, et nage en plein bonheur, ce qui se ressent sacrément dans sa musique. Techno is love parait-il...

Quakers (Quakers)

note: 5Hip hop all-stars G. Abitbol - 29 janvier 2016

Il n'y a pas que le rock qui crée des supergroupes : le rap aussi, et Quakers en est une sacrée illustration. Chapeauté par un membre fondateur de Portishead, le collectif de 35 membres (Guilty Simpson, Aloe Blacc, etc. pour ne citer que 2 stars) envoie 41 titres modernes, indus, groovy... Une sorte de pot pourri du rap indé, qui force le respect.

2 (Netsky)

note: 3Drum'n'bass mélodique ? G. Abitbol - 29 janvier 2016

A tout juste 23 ans, le belge Netsky incarne parfaitement la drum'n'bass actuelle. Signé chez le label Hospital Records, on sent sur ce deuxième opus la montée croissante des influences dubstep au sein de la scène - davantage dans les sonorités que les breaks - avec toujours ces emprunts vocaux à une soul passée au filtre synthétique (liquid funk). Un album dansant et très mélodique, pouvant plaire aussi aux amateurs de dance.

Berlin (Kadavar)

note: 4Abra kadavar G. Abitbol - 29 janvier 2016

Confieriez vous vos enfants à ces sympathiques barbus teutons ? Malgré leurs habits de troubadours des boutiques rétro-chics, ils en ont derrière les poils. Totalement régressif, ce disque sort tout droit des 70's, à savoir : hard rock bien lourd, tendance psyché, dans la droite lignée du Black Sabbath de l'époque. Rien de neuf sous le soleil noir donc, mais un bon moment tendresse avec ces ours mal léchés qui fait chaud au coeur.

Jungle revolution (Congo Natty)

note: 4Jungle is massive G. Abitbol - 29 janvier 2016

Pionnier des musiques électroniques en Angleterre dès les années 1980, Congo Natty, également connu sous le pseudo de Rebel MC, porte haut et fort deux philosophies : le rastafarisme et la culture rave. A travers son ragga jungle, on retrouve tout l'univers de l'UK Bass et on retourne aux racines de cette musique, véritable pont entre la Jamaïque et le Royaume-Uni côté alternatif.

Overgrown (James Blake)

note: 5Soul électronique cristalline G. Abitbol - 29 janvier 2016

En 2009, le premier album du britannique James Blake avait déjà marqué fortement les esprits car il ouvrait une voie inconnue au sein des musiques électroniques. Les critiques parlèrent alors de post-dubstep, à la fois car le jeune musicien s’intègre dans ce courant majeur des années 2000, mais aussi car il s’en démarque par une patte et une finesse exceptionnelle. En ce sens, ce nouvel opus dépasse son prédécesseur. Le savant dosage des musiques blanches (l’écrin électronique ciselé par un orfèvre) et des musiques noires (ce r’n’b classieux porté par une voix angélique qui rappelle la fragilité d’un Antony Hegarty, du groupe Antony & the Johnsons ) forme le mariage le plus équilibré et intéressant entendu depuis longtemps. Célébré unanimement à juste titre, voici un artiste qui pourrait bien réconcilier définitivement les amateurs de musique synthétique et organique. On attend déjà la suite avec impatience.

Visions (Grimes)

note: 3Les contes de Grimes G. Abitbol - 29 janvier 2016

L'indietronica est un terme bien pratique pour désigner une musique trop bidouillée pour être dansante, mais encore bien ancrée dans la pop. Indie car indépendant, donc prenant des risques, électronique donc fourmillant d'idées, synthétisées par un ordinateur multi-fonctions. Claire Boucher est jeune, canadienne, et berne son monde à ce concours de "refaire du neuf avec des bouts de ficelle". Car tout en haut de la hype, il y a le constat musical : une voix de rongeur de dessin animé japonais, des sons digérés mais en trop grand nombre, et au final pas mal de vide. Trop d'artifices, de maquillage pour cacher la faiblesse des compos. On en ressort avec un petit mal au coeur, et une bonne musique de Coming Next pour Canal +.
Bizarrement, la seconde écoute est pourtant bien plus captivante, et c'est peut être là où se niche le talent de Grimes ; malgré la frustration de cet album un poil trop faiblard, la musicienne réussit quand même à installer durablement dans les têtes quelques tubes, parmi lesquels il convient de citer "Oblivion". S'ancrer dans le temps, signe en fin de compte d'un album réussi ?

J'ai rien compris mais je suis d'accord (Nonstop)

note: 4Idiot cherche village G. Abitbol - 23 janvier 2016

Grand cortex malade. On ne sait toujours pas si Frédo Roman, l'homme derrière Nonstop, est un slammeur, un rappeur, un rockeur ou un simple chanteur. On sait par contre qu'il a un goût certain pour la poésie et la plume qui va avec. Marqué par son fort accent toulousain, ses textes surréalistes, remplis de contresens, de fausses pistes et d'impasses en font un artiste tout aussi inclassable qu'indispensable de la scène française. Un classique instantané.

Uncivilized (Frustration)

note: 4We have some G. Abitbol - 23 janvier 2016

Indéniablement, la scène garage est responsable d’un regain de vitalité des concerts et productions de la scène indépendante. En son sein, Frustration y tient une place à part. Clés de voûte de la boutique/label Born Bad du quartier Bastille, ils ont entrainé dans leur sillage de nombreux disciples (Cheveu, Magnetix, le label Teenage Menopause...) dont les prestations semblent marquer un retour à des valeurs fortes : conception artisanale bichonnée, urgence et plaisir. Le rock n’est enfin plus un hobby, mais une façon de vivre affirmée bruyamment. Ce qui n’empêche pas la finesse ! C’est le constat implacable de ce 2nd LP : un post punk toujours aussi racé, n'hésitant plus à s’acoquiner à la mélodie rock pure jus ou à l'EBM (« Dying city »). Sans perdre un poil d’authenticité, Frustration se rend encore plus accessible et excitant à la fois.

Nömadak TX (Oreka TX)

note: 5Pays basque sans frontières G. Abitbol - 7 janvier 2016

La notion de 6e continent prend vraiment tout son sens à l'écoute de cet album de métissage musical hors du commun. Mené par deux joueurs de txalaparta, instrument à percussion basque, chaque morceau, enregistré en voyage, confronte les traditions pour en tirer quelque chose de neuf. Le chant diphonique mongol, la sitar indienne ou les chants berbères côtoient l'instrument basque à la perfection et crée une musique intemporelle passionnante.

Worship the sun (Allah Las)

note: 4California über alles G. Abitbol - 6 janvier 2016

Les quatre membres des Allah-Las habitent Los Angeles et cela se sent. Ce second album transpire en effet le soleil californien comme seul ce coin d'Amérique sait le faire. Le pop-garage du groupe pourrait être la bande son d'une fin d'été des années 1960 et les mélodies matinées de surf music apportent juste la pointe mélancolique qui relève le milk shake.

Salem city rockers (La Gale)

note: 4Hip-hop au féminin G. Abitbol - 6 janvier 2016

Les rappeuses Casey et Keny Arkana peuvent compter sur une troisième recrue désormais pour défendre les couleurs d'un rap féminin acide et bien écrit. Proche du groupe La Rumeur, on retrouve chez la libano-suisse La Gale des instrus monstrueuses et un super flow... pas d'erreur de pseudo, La Gale gratte fort là où ca fait mal.

Atlas mondial du whisky (Dave Broom)

note: 5Au bonheur des drams G. Abitbol - 31 décembre 2015

Il a pris la relève du regretté Michael Jackson (pas le chanteur, un autre). Dave Broom s'impose aujourd'hui sans conteste comme l'un des deux ou trois plus grands spécialistes mondiaux des alcools de grain. S'adressant autant à l'amateur qu'au néophyte, son ouvrage est plus qu'un simple "beau livre". Revenant sur les légendes du malt (Port Ellen, Brora, Karuizawa, les vieux Ardbeg...), aujourd'hui inaccessibles pour l'amateur lambda, Broom propose aussi des portraits et des sélections issus des nouveaux acteurs, ceux qui représente l'avenir du marché (notamment asiatiques : Suntory, Nikka, Kavalan... ou Amrut). Du maltage au vieillissement et choix des fûts, du choix du verre à l'art de la dégustation, voici un livre qui a tout d'une référence dans la littérature des spiritueux.

Le seigneur des porcheries (Tristan Egolf)

note: 5Excellent roman G. Abitbol - 30 décembre 2015

Egolf était incontestablement un écrivain de talent. Passé une épaisse et mémorable introduction, décourageant à elle seule les lecteurs les plus poltrons, on ressent de plein fouet l'aisance d'écriture de l'auteur. Que ce soit via des emportements lyriques, et véritablement épiques (ou quand une chasse au porc, une chèvre belliqueuse ou des grenouilles de bénitier prennent un caractère homérique), ou lorsque l'auteur écrit de manière plus simple, Egolf a la manière de rendre le récit captivant. Si le style littéraire est réussi, la critique sociale l'est tout autant. Les descriptions hilarantes et monstrueuses de la "plèbe" de Baker sonnent justes. Egolf écrit comme un cinéaste, tissant des parallèles "rednecks" / "animaux" saisissants ; les personnages prennent toute leur consistance au fur et à mesure de leurs actions, s'animant littéralement sous nos yeux et passant du citoyen bête et méchant à la bête furieuse sans la moindre retenue. Un livre à lire, prenant encore une saveur particulière (à juste titre ou non) avec le destin funeste de son auteur, qu'on rapproche irrémédiablement du anti-héros Kaltenbrunner, clairvoyant et voué à l'échec.

Traité du zen et de l'entretien des motocyclettes (Robert M. Pirsig)

note: 4Easy rider G. Abitbol - 30 décembre 2015

Récit franchement inclassable entre road trip post-Beat et conte philosophique quasi Voltairien, qui n'en finit pas de surprendre son lecteur, surtout avec une conclusion assez inattendue. La traversée de l'Amérique, vers l'Ouest, et l'entretien des motocyclettes ont des échos franchement allégoriques et l'on sent bien que l'auteur cache derrière ses propos toujours quelque chose de plus profond qu'une simple ballade à moto. Pourtant, comme précisé dans la préface, ce n'est pas non plus une allégorie pure. C'est une sorte de méditation longue et très détaillée, entre leçon de vie et dérive schizophrénique. Qu'à voulu dire l'auteur ? Quel est son message ? Au final, pas grand chose, mais un pas grand chose qui incite à une remise en question de ses propres valeurs en toute subtilité.

The power that b (Death Grips)

note: 4Vous n'aimez ni le rap ni le bruit ? Mauvaise pioche. G. Abitbol - 30 décembre 2015

Du très lourd… les californiens n'hésitent pas à puiser dans toutes les chapelles musicales pour composer un rap hardcore dense et épique. Avec à la production Zach Hill, venant du rock et de l'électro, les instrus industrielles et électroniques grasses dynamitent ce double album, à l'instar d'un groupe comme Dälek. On pense aussi à la démarche d'un label comme Anticon. Jubilatoire.

Sous les néons (Matthew O'Brien)

note: 4Viva Las Vegas G. Abitbol - 9 décembre 2015

Ceci n'est pas une fiction. C'est une enquête journalistique, hantée par Hunter S Thompson, sur le crépuscule du rêve américain. Habitant Las Vegas, O'Brien a décidé de parcourir les bas fonds de sa ville et d'aller à la rencontre des oubliés de l'Oncle Sam, des zones d'ombre derrière les néons clinquants de l'American way of life. On pense parfois à Palahniuk et son "Festival de la couille", le désert aride du Nevada en plus.

Point Dume (Dan Fante)

note: 5Un chant du cygne noir G. Abitbol - 2 décembre 2015

Décédé en novembre 2015, voici l'ultime opus de Dan Fante, l'un des écrivains les plus sous-estimé de la littérature américaine. Fils de John Fante, il aura construit, à l'instar de son illustre père, toute son œuvre sur un rapport ambigu entre son alter-égo de fiction et sa propre histoire, brouillant les pistes et naviguant entre une écriture personnelle cathartique et des aventures crues et rocambolesques difficilement croyables. Son écriture pourtant, limpide, directe, prend aux tripes et se descend comme un shot de vodka. Aucune fioriture chez Dan Fante : il écrit comme on participe à un combat de boxe, et le spectateur encaisse les coups, vacille, mais s'accroche. Ce dernier récit laissait entrevoir de nouvelles perspectives pour l'écrivain, celle d'une émancipation de cette narration semi-biographique, pour l'écriture d'un pur polar. Ce "Point dume", une réussite, reprend les codes du genre tout en apportant le style unique de l'auteur. Un dernier tour de piste qui vous donnera sans doute envie de découvrir le reste de l’œuvre de ce "rescapé".

Le conte de la dernière pensée (Edgar Hilsenrath)

note: 3Si l'Arménie m'était contée G. Abitbol - 2 décembre 2015

Bien que l'auteur ait un vrai style d'écriture, que l'on reconnaisse le sens de la formule et ses incontournables dialogues "entendus" (type : "je m'appelle untel / Tu t'appelles untel ? / Je m'appelle untel / Alors untel est ton nom"), ce livre est le premier ou quelques parties m'ont ennuyé (après avoir lu "Fuck America" et "Le nazi et le barbier"). Il faut dire que c'est un bon pavé, et que certaines longueurs, charmantes d'habitude, sont ici un peu trop présentes. Cela reste un livre intéressant, de par son style, son contenu, peu évoqué (le génocide arménien de 1915 et l'histoire de ce pays), mais aussi de par son traitement intelligent des relations turco-arméniennes, quand on sait que la Turquie n'a toujours pas reconnu le massacre. Autre bémol, l'ouverture vers la Shoah, qui a déjà été traitée par l'auteur et qui n'apporte rien au récit en tant que tel (des passerelles peuvent être tendues, l'auteur à lui même vécu les pogroms et on peut comprendre que cela revienne sur le tapis, mais y faire encore référence donne un certain malaise, celui du besoin de "comparaison"). Bon livre toutefois, marquant.

Du temps où j'étais mac (Iceberg Slim)

note: 4Black dynamite G. Abitbol - 2 décembre 2015

Sympathique collection que ces Belfond Vintage, aux couvertures multicolores attrayantes, mais qui cachent derrière cet aspect clinquant de la vraie littérature. Voila un ouvrage ne payant pas de mine mais qui recèle pourtant de sacrées belles pépites. On peut couper grossièrement le livre en deux parties : dans une première partie, on retrouve les mémoires de maquereau, avec son lot d'histoires graveleuses, de poésie du bitume, de fleurs de macadam et autres personnages charismatiques, et dans une seconde partie le propos se fait plus engagé : cause des Noirs, contexte politique et relents ségrégationnistes de l'époque, guerre du Vietnam, Black Panthers, écartèlement entre une revendication d'intégration dans une société dont on estime faire partie et un rejet brutal d'un système WASP à mille lieux de son identité profonde. C'est le reproche que l'on peut faire au choix du titre de cet ouvrage, qui dépasse largement le simple croquis d'une époque que l'on fantasme sans doute, en temps que jeune blanc européen, comme "hollywoodienne". On retrouve bien un dandysme caricatural, un langage fleuri proprement époustouflant dont on entend presque rugir les cuivres de Melvin Van Peebles, Curtis Mayfield et Isaac Hayes. Mais au delà de ca, on est surtout ébahi par la verve et le talent de Robert Beck, aka Iceberg Slim, quand il sort un texte comme "Lettre à papa", où s'adressant à son père en quelques pages, l'auteur devient saisissant de justesse, de sobriété et de beauté.
Portrait d'une époque, d'un personnage et de sa rédemption, d'un combat humain et identitaire, ces textes font toujours mouche 50 ans après leur écriture. Une réussite.

Vinyles (Richard Gouard)

note: 4Un beau livre réussi G. Abitbol - 24 octobre 2015

Avec le retour de plus en plus fracassant au support vinyle, l'envie subite de ressortir les 30 cm du grenier s'accompagne d'une vraie redécouverte graphique. Ces magistrales pochettes (qui décidaient souvent l'acheteur fébrile à sortir les pièces du porte feuille) sont ici compilées et classées par thème. Se côtoient classiques et raretés, écoles graphiques et genres musicaux. Très sympathique à feuilleter et garanti sans craquement.

Bum (Cheveu)

note: 5La France a un incroyable talent, mais pas très télégénique G. Abitbol - 23 octobre 2015

Cheveu est-il le groupe français le plus intéressant du moment ? Difficile de dire non. Après un premier album foutraque et sans concession, après "1000", l'album de transition entre le chaos punk lo-fi et l'apport de mélodies bricolées ne s'interdisant aucune piste potentielle, voila "Bum", l'album du succès critique. Et une fois n'est pas coutume, un succès mérité, tant cet album frôle la perfection et installe définitivement les français comme leader d'une catégorie musicale qu'ils sont les seuls à incarner, mais qui met pourtant tous leurs concurrents à l'amende... Un groupe qui n'a pas besoin de déployer toute la panoplie de la posture DIY pour trouver des tonnes d'inventions et rendre diablement excitant le rock garage. Des ballades pop à la "johnny hurry up" ou "Polonia"aux sautillements bruitistes et réjouissants de "Juan in a million", Cheveu est un élixir de jeunesse pour le rock et l'esprit, même quand on en a plus beaucoup sur la caboche.

Narvalo city rockerz (Johnny Montreuil)

note: 5Un artiste de bar, pas là pour vendre des chapeaux, ou Walk the line n°9 direction Montreuil G. Abitbol - 23 octobre 2015

Quelle belle réussite que cet album du titi montreuillois ! Un premier essai qui prolonge le déjà réussi Ep 5 titres sorti en 2012, en apportant plus de profondeur aux morceaux et une meilleure réalisation globale. Les odeurs de la rue de Paris et Croix de Chavaux sont toujours bien là, comme la gouaille de ce Johnny Cash des fêtes foraines et grands boulevards... Mais il y a aussi une maturité plus forte, certainement due à l'expérience de la scène et d'une tournée bien chargée, que l'on retrouve dans un titre comme "Liège" où le chanteur se dégage des artifices de bastringue et séduit naturellement, par sa voix et ses textes. Un charisme, une authenticité, une patte qui fait du bien à la chanson et au moral en général.

Le fish (Chlorine Free)

note: 4Groove armada G. Abitbol - 23 octobre 2015

Originaire de Paris, le combo Chlorine Free produit une musique hautement groovy, très marquée par les sonorités du funk des années 1970/1980, donc à grand renfort de claviers triturés et de basses slappées sans retenue. C'est également l'apport de l'électronique qui amène les compositions de la formation à un style moderne (l'incursion "Kom Jentinson" par exemple, pur morceau électronica qu'on croirait sorti d'un album d'Aphex Twin). Ancré pourtant dans le jazz, on aura aussi le plaisir de recroiser des vieilles connaissances comme le rappeur Nya, (partenaire régulier d'Erik Truffaz, autre musicien inclassable) tout au long d'un album riche, parfois inégal, mais réjouissant de bout en bout.

Les contes du chaos (Casey)

note: 5Rap et rock aiguisés G. Abitbol - 23 octobre 2015

Hamé laisse sa place au rappeur B. James sur ce second album de collaboration avec le groupe Zone Libre (dont fait partie l'ex Noir Désir Serge Teyssot-Gay), tandis que Casey est toujours de la partie. Le mariage d'un rock libre et de la crème du rap engagé français fait encore une fois mouche. Les deux genres musicaux se complètent et renforcent un discours commun, où l'on a hissé le drapeau noir.

Sur les nerfs (Larry Fondation)

note: 4Noir c'est noir G. Abitbol - 16 octobre 2015

Ecrit en 1994, ce livre de courtes chroniques est noir, tendance opaque. La faune de Los Angeles dérive sous la plume de Larry Fondation, au travers d'anecdotes désespérées où se cotoient gangs, drogues, ennui et violence ordinaire. Une écriture saccadée parfois déconcertante, rapide et brutale comme un shoot d'héroine.

L'étrange couleur des larmes de ton corps (Hélène Cattet)

note: 4Un giallo éblouissant et cauchemardesque G. Abitbol - 9 octobre 2015

Quatre ans après le film "Amer", véritable ode au giallo, ce genre cinématographique italien extrêmement codifié inspiré des romans noirs, le couple de réalisateurs Bruno Forzani et Hélène Cattet récidive ! Incroyable œuvre visuelle, "L'étrange couleur des larmes de ton corps" pousse à l'extrême toutes les techniques cinématographiques pour plonger le spectateur dans un labyrinthe sensoriel dont on ne sort pas indemne, quitte à perdre définitivement le fil de l'histoire ou attraper la nausée (en un mot : décrocher définitivement !). Usant des jeux de filtre de couleur, des bruitages (qui constituent à eux seuls les dialogues du film), d'un montage alambiqué et d'une photographie flamboyante inspirée par l'Art nouveau, tout est poussé dans ses derniers retranchements. On ne s'étonnera pas dès lors du job de Bruno Forzani : programmateur des séances de cinéma bis au sein du Musée du cinéma de Bruxelles... On y retrouvera l'hommage intelligent et ultra référencé au cinéma de genre (notamment à Dario Argento et son Suspiria), dans un film résolument contemporain pour autant. Unique en son genre.

L'emprise des ténèbres (Wes Craven)

note: 3Walking dead aux Antilles G. Abitbol - 8 octobre 2015

Un bon gros film de cinéma bis sur un thème sympa mais assez peu exploité par le cinéma d'horreur contemporain : le vaudou haïtien. Contemporain, le film l'est pourtant de moins en moins, transpirant les années 80 pour le pire (effets spéciaux) et le meilleur (bande originale, caméra nerveuse, réalité historique). Malgré tout, quelques bonnes scènes avec Bill Pullman et la réalisation de Wes Craven relèvent le niveau. Un film à classer entre mondo, film de zombie et tentative timide de critique politique.

Le sacre du chat (Starlion)

note: 4Du rap qui ne ronronne pas G. Abitbol - 26 septembre 2015

Loin du calibrage des radios, l'album du rappeur originaire de Reims ne laisse pas insensible. Le choix d'instrus électro, jazz, fines ou puissantes est un premier critère de qualité. Les textes font surtout de Starlion une identité à part dans le rap français : futuristes, parfois surréalistes, ils sont pour beaucoup de vrais bijoux d'écriture. On pense un peu au projet Gravité zéro de James Delleck pour le côté science fiction, parfois au flow de Tido des TTC, mais Starlion a son propre style, ce qui devient une denrée rare.

I love you, honeybear (Father John Misty)

note: 3Un Fleet Foxes en solo : pop/folk au programme G. Abitbol - 26 septembre 2015

Membre du combo Fleet Foxes se lancant en solo, Joshua Tillman sort un grand disque de folk-pop qui ravira les fans des Beach Boys, Townes van Zandt ou des Byrds. Au programme, des ballades bien orchestrées, relevées d'orgue ou de steel guitar ; c'est solaire, triste ou rock, sans jamais en faire trop. Entre sunshine pop et country rock, résolument 60's mais sonnant pourtant contemporain, un joli disque comme on n'en fait plus !

La fin de l'espèce (Klub des Loosers)

note: 5Born to lose G. Abitbol - 26 septembre 2015

Fuzati est vivant. Le versaillais masqué a définitivement survécu à l'adolescence, relatée sur le 1er album, mais c'est pour marcher de plein pied sur les peaux de bananes de la vie de trentenaire. Après 8 ans d'absence, nihilisme et cynisme sont toujours au programme. Malgré quelques raccourcis faciles, les punchlines sont toujours tranchantes comme une lame rouillée. Les instrus, magnifiques. No futur jusqu'au lendemain.

Oeuvre non trouvée

note: 5Jazz vocal de qualité G. Abitbol - 26 septembre 2015

Qu'elles sont rares, ces belles découvertes en jazz vocal. En voici une. Loin des ballades de Diana Krall, de la Bossa Nova d'Eliane Elias, et des voix aseptisées du jazz, il y a chez Cécile McLorin Salvant un grain de voix particulier, qui rappelle les grandes chanteuses : Billie Holiday, Ella Fitzgerald. Un héritage musical assumé et servi par des compositions de haut vol. Enjoy!

Tribal (Imelda May)

note: 3Pin-up irlandaise G. Abitbol - 24 septembre 2015

Quatrième album de la belle pin up irlandaise qui après avoir ouvert en première partie de Brian Setzer, nous revient avec un disque de néo rockabilly mélodique, flirtant avec la pop. Si l'esthétique et la contrebasse sont bien présentes, les compositions de la chanteuse restent axées grand public, sans pour autant perdre en charisme et en authenticité.

T'inquiète... (Hadji-Lazaro, François)

note: 4Groupe phare de la chanson "alternative" des années 80 G. Abitbol - 24 septembre 2015

Le groupe phare de la scène alternative française des années 80 ! Toujours aux manettes, le charismatique et touche à tout leader François Hadji-Lazaro, explore encore une fois sa palette d’instruments fétiches (vielle à roue, oud, accordéon, cornemuse ou dobro) pour des chansons tantôt aigres et réalistes, tantôt douces et remplies d’espoirs. De la chanson française pure souche, et de la bonne

Howlin (Jagwar Ma)

note: 4Rock indé australien bien vu G. Abitbol - 24 septembre 2015

Bonne surprise que ce premier album de Jagwar Ma, qui prouve une nouvelle fois, s'il le fallait, toute la vitalité de la scène musicale australienne. On pense pourtant beaucoup au rock britannique le long de ces 11 titres, avec ce goût pour le son dansant quasi acid-house (la référence Happy Mondays revient souvent - écoutez le super morceau "Four"). On surprend aussi des influences pop 60's bien vues. Ne reste plus aux wallabies qu'à transformer l'essai.

The epic (Kamasi Washington)

note: 5Un jazz tourné vers le futur G. Abitbol - 16 septembre 2015

"Épique", un nom d'album choisi à merveille ! C'est en effet le sentiment qui se dégage à l'écoute de ce colossal triple album (et première production) du saxophoniste Kamasi Washington. Jazzman résolument ancré dans son époque, le californien, qui a déjà participé aux albums de pointures du rap (Kendrick Lamar) ou de l'électronique (Flying Lotus), abolit toute frontière musicale dans cette oeuvre incroyablement dense, sorte de fresque grandiloquente où se métisse les influences du groove, de la musique symphonique et d'un jazz cosmique et aventureux. A la fois déconcertant par son accessibilité et ses rebondissements, voila un jazz passionnant comme on aimerait en entendre plus souvent. Une révélation !

Vieux lion (François Corbier)

note: 4Vieux lion ? Laissez le mammifère G. Abitbol - 16 septembre 2015

« Sans ma barbe », « Le nez de Dorothée »… Oui, Corbier, le seul, l’unique, celui de la télévision et des tartes à la crème, mais avant tout celui des chansons à textes, encouragées par Brassens, produites par Alain Barrière, cela dès les années 60… François Corbier est un chansonnier débonnaire que le grand public a appris à connaître dans un rôle de pitre pendant deux décennies, mais il a aujourd’hui décidé, sans renier le passé, de se tourner vers le présent. Auteur-compositeur bourré d’humour, il sillonne l’hexagone depuis une quinzaine d’années et sait séduire le public lors de chaque nouveau spectacle. « Vieux lion » constitue son quatrième album studio (en mettant de côté les 45 tours) et est une nouvelle fois autoproduit et bichonné artisanalement, bien qu'un tantinet moins séduisant que ses prédécesseurs. Musicalement on navigue entre folk français et chanson, dans un univers que n’aurait pas renié Ricet Barrier, Robert Lamoureux ou Georges Brassens, toujours entre la tragédie et la blague de potache, le sourire au coin des lèvres.

Smoking in heaven (Kitty Daisy and Lewis)

note: 4Rétro mais pas trop G. Abitbol - 20 août 2015

La petite famille londonienne revient encore et toujours aux sources des 50's. Rock'n'roll, jump blues, musique jamaïcaine pré-reggae (Bluebeat), country rythmée... ca décortique l'arbre de l'Americana comme seul savent le faire les jeunes de l'ère d'Internet, s'appropriant tout, des sons incontournables de l'époque aux modes maintenant oubliées. Et c'est agréable et réussi, surtout si on a toujours eu un faible pour l'odeur de la gomina...

L' histoire de Nintendo n° 1
L'histoire de Nintendo (Florent Gorges)

note: 4Avant Mario, il y avait... G. Abitbol - 19 août 2015

Ce sympathique mook bien mis en page, richement illustré, a tout du livre de référence. Les éditions Pix'n'love s'engouffrent encore une fois dans l'encyclopédisme, avec de nombreux détails, sur un sujet encore peu traité en France. Ici, on apprendra notamment que Nintendo existe depuis plus d'un siècle, et possède une véritable histoire dans la conception d'objets ludiques. Seul problème : un nombre important de coquille et autre erreur d'écriture. Rien de bien méchant il est vrai, mais ces petites imperfections confèrent à la série "L'histoire de Nintendo" une petite touche d'amateurisme, facilement améliorable, qui donnerait véritablement un côté pro à l'entreprise. La lecture reste néanmoins passionnante pour tous les geeks nostalgiques, et pour les autres aussi !

La part des anges (Ken Loach)

note: 5Sláinte ! G. Abitbol - 18 août 2015

Chez Ken Loach, l'ambiance oscille souvent entre un humour de situation corrosif, un flegme tout britannique, et un réalisme social plus cru et tragique. Tous ces ingrédients font de La Part des anges un film aigre-doux fort sympathique, comportant son lot de scènes cocasses, d'accents à couper au couteau et de ruses de pieds nickelés. C'est aussi l'occasion d'en apprendre un peu plus sur l'art de la dégustation du whisky, de s'imprégner de l'odeur des chais de la distillerie de Balblair, et d'apprendre la vraie signification de l'expression "angel's share"...

Tricolores (Zvonimir Novak)

note: 4Un décryptage intéressant de la communication graphique en politique G. Abitbol - 18 août 2015

Un livre intéressant et simple à lire, avec une agréable mise en page. Voici un décryptage des artifices politiques utilisés pour convaincre les électeurs du bienfondé de ses idées. Toute opinion politique à part, on côtoie le génial et le navrant dans ces idées de tracts et d'affiches. Ce livre est avant tout intéressant pour appréhender et apprécier la cohérence graphique et donc idéologique des micro-partis et mouvements politiques des droites et extrêmes droites.

Tan ar bobl (Les Ramoneurs de Menhirs)

note: 4Breizhistance G. Abitbol - 11 août 2015

Troisième album haut en couleurs du plus punk des groupes bretons… Avec un nouveau chanteur pour mener l’offensive, on retrouve Loran (ex guitariste des Bérurier Noir, venu avec la boîte à rythme) et les sonneurs Eric et Richard (bombarde et biniou) pour onze nouveaux morceaux. On notera également la présence de la grande chanteuse bretonne Louise Ebrel qui, du haut de ses 82 ans livre une prestation revigorante et fait preuve d’une ouverture musicale toujours aussi détonante. Comme sur les albums précédents où Gilles Servat ou Sham 69 étaient alors à l’honneur, quelques reprises sont au programme : cette fois le groupe The Adicts avec “Viva la revolution” ou encore "Ibrahim" de… Bérurier Noir ! L’arrangeur arrangé en quelque sorte. En résumé, toutes les générations et traditions sont réunies pour célébrer bruyamment et de manière festive la Bretagne et les peuples en résistance. Un joyeux brouhaha à voir si possible en concert, ne serait-ce que pour assister à l’inénarrable spectacle de punk à crêtes sympathisant avec des grand-mères autour de danse traditionnelle bretonne, tout cela dans une bonne humeur communicative.

Near Death Experience (Gustave Kervern)

note: 4Les aventures de Michel à la montagne G. Abitbol - 28 juillet 2015

Vous détestez Michel Houellebecq ? Passez votre chemin. Pour les autres (et il doit en rester, des autres, l'écrivain s'étant glissé parmi les plumes les plus lues de l'Hexagone années après années) voila un ovni cinématographique ressemblant davantage à une plongée dans le cerveau du romancier qu'à une fiction. Alternant moments grotesques (derrière la caméra, la paire grolandaise Delépine-Kervern, dont on retrouve certaines touches typiques, malgré une sobriété encore jamais atteinte dans leurs films) et poésie contemplative désabusée, le film frappe juste. Une mollesse houellebecquienne bien connue, oscillant entre un Cioran en forme et un BHL fatigué qui à contrario des essais cinématographiques précédents du romancier, loin d'être convaincants (la pompeuse adaptation de "La possibilité d'une île" en tête), captive. Vous avez toujours voulu voir Michel tailler le bout de gras avec des cailloux ? Ce film est pour vous.

Alphabet city (Eleanor Henderson)

note: 3Plongée dans le New York des années 1980 G. Abitbol - 28 juillet 2015

A travers son premier roman, Eleanor Henderson dresse un portrait froid et sans concession d'une adolescence survoltée, celle de trois américains du New York des années 1980, entre squat, dérive et mouvement culturel d'époque (le "straight edge", mouvance de la scène musicale hardcore est-américaine et sa philosophie quasi mystique). Plus que les parcours des personnages, plus que l'écriture parfois un peu lisse et naïve narrant leurs aventures, on retiendra surtout de ce roman ce polaroid d'une ville obsédante, initiatique, enivrante. Elu "roman de l'année 2013" par le New York Times.

The ballad of Genesis and Lady Jaye (Marie Losier)

note: 4Un portrait d'artistes hors normes G. Abitbol - 17 juillet 2015

Abordant la question du genre sous un angle totalement inédit, cette expérience "sans filet" de l'artiste Genesis P-Orridge (que l'on connait notamment pour avoir dynamité la musique en pleine révolution punk avec son groupe de musique industrielle Throbbing Gristle) dévoile, au bout du compte, avant tout une histoire d'amour entre deux êtres hors normes. Une aventure artistique et humaine à la saveur particulière, suite au décès de Lady Jaye survenu pendant le tournage du film. Intrigant, touchant et incontestablement "arty".

Chimay (Stefaan Daeninck)

note: 5Un diner presque parfait ? G. Abitbol - 7 juillet 2015

Comme chacun sait, un homme doué en cuisine, cela n'existe principalement qu'à la télévision, où ces messieurs excellent dans la création de petits plats tous plus appétissants les uns que les autres. Mais voila, dans la réalité, l'homme est bien souvent intimidé par cette tâche délicate et technique, en un mot : exigeante. Résultat : il dédaigne cet art (par pudeur, certainement) et c'est bien dommage. Les belges ont trouvé une solution. Les belges savent. Un élément suffit à transformer un novice en cordon bleu : la motivation. Le manuel de cuisine Chimay est dans cette optique un outil d'apprentissage et d'entrainement indéniable. Un bel objet, indispensable pour l'homme d'aujourd'hui.

Le roi n'a pas sommeil (Cécile Coulon)

note: 4Bref, mais riche G. Abitbol - 30 juin 2015

Un roman très court et imagé, où on se laisse porter facilement dans un monde abrupt et rural, pas très loin d'un Steinbeck et ses "petites gens". Il y a pourtant une certaine tendresse dans l'écriture de (la très jeune) Cécile Coulon, des éclaircies dans le sombre destin d'un jeune homme tourmenté (mais qui aime sa maman)...

Oeuvres complètes n° 4
Les vitamines du bonheur (Raymond Carver)

note: 4Grande plume de la littérature américaine G. Abitbol - 26 juin 2015

Une écriture qui a le goût d'un bout d'aluminium glissé dans un sandwich : on entre en pleine confiance en terrain connu, dans des situations stables (travail, relation de couple, enfant, vacances, des gens normaux dans un monde normal) puis Carver crée ce petit décalage obsédant. Un petit rien du tout qui reste en travers de la gorge et pollue les papilles. Des contes de la folie ordinaire subies, imperceptiblement, pas à pas, au rythme des phrases de l'écrivain.

Karoo (Steve Tesich)

note: 5Un coup de coeur dans les romans édités ces dernières années G. Abitbol - 26 juin 2015

L'histoire de Saul Karoo vous happe sans que vous vous en rendiez compte. Peut être est-ce cela la quintessence du talent de Steve Tesich, qui à l'instar de son personnage de roman, est un scénariste surdoué d'Hollywood. Il maintient l'attention du lecteur malgré un rythme d'écriture vaporeux jusqu'à le rendre accroc aux aventures de Karoo ; il faut connaitre la suite, vite, même si enfin de compte, on la devine... Une littérature subversive extrèmement fine, prenante, émouvante.

Manuel de survie à l'usage des incapables (Thomas Gunzig)

note: 3Un roman qui laisse un peu sur sa faim... G. Abitbol - 26 juin 2015

En choisissant le cadre du supermarché comme ligne directrice de son roman, Thomas Gunzig laisse deviner rapidement que le récit cache une critique sous-jacente de la société de consommation. Or, cela va plus loin encore : c'est tout l'environnement des personnages qui relève de la dérive consumériste. Au point d'aller jusqu'au contrôle même des traits de caractère, du comportement et des choix de vie des humains. En fonction de son origine sociale, on subit ainsi (ou on profite) de l'ADN d'un animal, et l'humain reproduit les schémas du règne animal. La loi de la jungle où les bestiaux chassent les promos à la supérette. le lieu ? Mal défini, une cité glauque comme il en existe déjà des dizaines. L'époque ? Étrangement contemporaine et futuriste à la fois, une sorte de dimension parallèle où tout ressemble à notre quotidien à quelques détails près. A partir d'un prétexte banal, celui d'une vengeance, Gunzig déroule une histoire simplissime, qui patine cruellement.... On se demande parfois si l'auteur ne s'est pas lui même retrouvé à chiffonner sa copie pour repartir sur une nouvelle direction pour ses personnages. Au final, une bonne centaine de pages en moins auraient pu donner un peu plus de rythme et d'impact à cette histoire sympathique et décalée, un poil trop tiède. A croire que l'auteur n'a pas voulu se lâcher à cent pour cent.

Mailman (J. Robert Lennon)

note: 5Un timbré de la poste G. Abitbol - 26 juin 2015

Il semblerait que se dessine une sorte de ligne éditoriale chez Monsieur Toussaint Louverture, dans la continuité de "Karoo" ou du "Dernier Stade de la Soif". Chez Mailman, comme chez les autres "pauvres bougres" des romans cités, on retrouve cette folie contrôlée (la plupart du temps), cette cocotte minute en puissance évoluant dans un monde dans lequel il aurait pu briller, mais où désormais il navigue tous feux éteints. Une belle tranche de vie tragi-comique, entre empathie et rejet pour notre anti-héros facteur, se concluant dans un final surprenant.

American desperado (Jon Roberts)

note: 5L'histoire vraie du "Cocaïne cowboy" G. Abitbol - 23 juin 2015

Passionnant de bout en bout, proprement stupéfiant, mauvais jeu de mot inclus !!! Surement le témoignage le plus édifiant sur une ascension criminelle expliquée sociologiquement, historiquement, techniquement, méthodiquement. Truffé d'anecdotes toutes plus dingues les unes que les autres, il est quasi impossible de lâcher ce livre, et peu importe les 700 pages... on en redemande. A lire absolument. Encore du travail de maitre des éditions 13e Note.

Hotel Valentine (Cibo Matto)

note: 3Pop/trip hop japonais délicat G. Abitbol - 11 juin 2015

Il aura fallu près de 15 ans d'attente pour que sorte ce nouvel album de Cibo Matto, groupe fondé par deux japonaises installées à Londres et qui avait connu un succès retentissant avec son premier tube "Sugar water" (1997), mis en vidéo par Michel Gondry. La technologie a depuis évolué, mais le style musical lui, reste intact : un mélange détonnant d'influences smooth jazz, une grosse dose de pop japonaise, des atmosphères trip-hop. Un petit peu comme une rencontre entre Suzanne Vega et Björk dans le bar d'un hotel de luxe à Tokyo (avec, bien sûr, Bill Murray dégustant un verre d'Hibiki 17 ans d'âge en toile de fond, pour avoir une image complète). On retiendra entre autre le morceau "MFN", sonnant presque comme du M.I.A. apaisée...

Tropiques (Maissiat)

note: 3Nouveau talent de la chanson française G. Abitbol - 11 juin 2015

Les chansons de Maissiat ont tout pour plaire : des ambiances feutrées, un brin mélancoliques, des arrangements bien travaillés qui soutiennent parfaitement la voix timide de la chanteuse sans l'étouffer. Les textes font songer à Etienne Daho. Un beau disque.

The seer (Swans)

note: 5Rock tendance expérimental G. Abitbol - 11 juin 2015

Les Swans ont toujours été un groupe à l'avant-garde du rock depuis les premiers albums du début des années 1980, mais, à l'instar d'un groupe comme Einstürzende Neubauten (qui a commencé à la même période), les expérimentations menées se sont en quelque sorte assagies avec 30 années au compteur. Fort de leur maturité, le groupe évite maintenant toute esbroufe pour livrer des prestations précises et inventives, sans avoir perdu une once d'originalité. En dépit de son affreuse pochette, ce double album est ainsi particulièrement dense et passionnant, pour peu que l'on arrive à dépasser la rugosité de ce rock rituel (répétitif, initiatique ?) et hors des sentiers battus. Il y a encore des groupes qui font du rock qui ne soit pas purement illustratif, et c'est tant mieux !

Nos héros sont morts ce soir (David Perrault)

note: 4Catch et cinéma à la française G. Abitbol - 10 juin 2015

Un film de "gueule" de cinéma comme on en fait plus et qui met en avant bien plus qu'une histoire : un climat, celui de la France des années 60. Les deux acteurs principaux (vus dans "La Môme" notamment) très charismatiques, crèvent l'écran, et on songe parfois au jeu d'un acteur comme Lino Ventura. C'est aussi le film d'une époque, de ses ambiances et de ses préoccupations. C'est enfin le film d'une discipline épique : le catch, et ses combats dantesques. Si le scénario pourra laisser de marbre, la photographie elle, interpelle l'imaginaire et suffit à nous conduire en douceur jusqu'au générique final.

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